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Kosovo 15 ans après : Kouchner félicite le succès de l´ONU

Bernard-kouchner

2 juillet 2014. On a dit de Bernard Kouchner qu’il était plus à l'aise dans un camp de réfugiés qu'autour d'une table de négociation. Le Kosovo était la première occasion pour cet ancien Ministre français des Affaires étrangères d’assumer un rôle de dirigeant sur le plan international après une longue carrière de militant, notamment en tant que cofondateur de Médecins sans Frontières et Médecins du Monde.

En tant qu´homme politique, M. Kouchner, l'ancien Secrétaire d'Etat et Ministre socialiste (1988-1992, 1997-1999) a plaidé pour une intervention occidentale dans les guerres des Balkans mais sans succès jusqu'à la guerre du Kosovo. L'OTAN est intervenu au Kosovo sans le feu vert de l'ONU, mais après l'adoption de la résolution 1244 du Conseil de sécurité, la Mission d'administration intérimaire des Nations Unies au Kosovo (MINUK) a été établie. Kofi Annan, le Secrétaire général de l'ONU à l'époque a nommé Bernard Kouchner comme son Représentant Spécial et chef de la MINUK (UNMIK en anglais).

C’est dans des conditions chaotiques et de grandes violences qu’ont débuté deux ans de travail pour M. Kouchner et l’équipe qu’il a mise en place. Après le départ des forces serbes s’est déclenchée une lutte de pouvoir entre différentes forces politique kosovares. Parmi ses proches collaborateurs à Pristina, il a pu compter sur Nadia Younes et Jean-Selim Kanaan, tous deux morts dans un attentat contre les quartiers généraux de l'ONU à Baghdad le 19 août 2003. 

A Bruxelles, Monsieur Kouchner a récemment participé à une commémoration à l’occasion de l’inauguration de la salle de conférence Nadia Younes à UNRIC (Centre régional d'information des Nations Unies à Bruxelle). Árni Snævarr, Chargé de communication à UNRIC a interviewé M. Kouchner à cette occasion pour faire le point sur le Kosovo, et a demandé à l'ancien Ministre des Affaires étrangères de la France quelles leçons pouvait-on tirer de l'expérience de l'ONU au Kosovo, 15 ans après l'intervention de l'OTAN et la création de la MINUK. 

Vous pouvez réécouter l'interview en intégralité sur soundcloud

La ténacité de l'ONU

Bernard Kouchner : « 1999 – 2014, vous avez raison, c’est long, mais en même temps, pour les peuples qui s'affrontent pour la définition des frontières et pour le nationalisme qui revient en force ces temps-ci, ce n’est pas très long. Et ce qu’on peut dire, c’est que ce n’est pas terminé, mais la façon dont maintenant le dialogue a lieu entre les ennemis, c'est-à-dire entre les Serbes de Belgrade et les Kosovars, les Albanais de Pristina, la façon dont le dialogue se poursuit, je crois qu’on peut dire que pour les Nations Unies, c’est un succès. Ça n’est pas terminé, mais l’atmosphère a terriblement changé.

J’étais au Kosovo il y a deux mois, ça n’est plus du tout la même chose, bien sûr il y a des constructions, bien sûr il y a eu l’argent de l’Europe, n’oublions pas l’Europe. Tout ça s’est passé chez nous, c'est-à-dire à deux heures d’avion de toutes les capitales européennes. Certaines étaient concernées, et ont envoyé des troupes, ainsi que les les Etats-Unis évidement.

Je crois qu’on peut se féliciter de la ténacité de l’ONU. Nous avons, vous l’avec dit, gouverné à la place de ceux qui étaient responsables, c´est-à-dire finalement avec la Yougoslavie, les républiques socialistes yougoslaves qui se sont toutes séparées. Alors pour tirer quelques conclusions sur ce nationalisme qui revient et sur la façon dont les gens, à tort ou à raison ne veulent pas vivre ensemble pour des raisons historiques et pour des raisons de différences économiques, bien sûr, la misère est un facteur important, mais aussi parce que cette nécessité d’affronter l’autre me paraît toujours extrêmement frappante. Pourquoi ? Ces guerres tout le temps, c’est comme ça. On se justifie après, mais en fait, on veut s’identifier à une lutte et on s’identifie toujours contre quelque chose et dans la violence.

« Ça ne voulait rien dire ! »

Alors nous sommes venus en 1999 au Kosovo avec cette résolution 1244 du Conseil de sécurité qui disait « Substantial autonomy ». Qu'est-ce que ça voulait dire ? Rien ! Et en gros on n’avait pas défini ce que ça voulait dire parce qu’ainsi on ne brisait pas les tabous, on ne bousculait pas le droit international etc. J’étais là pendant deux ans et nous avons constaté très vite que les deux groupes ne se réconciliaient pas, pas tout de suite, et qu’il fallait du temps, beaucoup de temps pour cela, sans doute le temps d’une génération. Alors nous avons essayé, on a fait un gouvernement provisoire, ce n’était pas dans la résolution ! Il a fallu briser les tabous et dire « mais écoutez, il faut bien qu’ils se gouvernent » donc nous avons fait un gouvernement avec les deux entités, les gens de l’ONU et puis les autres. Dont les Serbes et les Kosovars ensemble et ceci a amené petit à petit une atmosphère un peu meilleure pour le dialogue, et puis ça a traîné, traîné, traîné...

Kosovo – Ukraine

Juridiquement en termes de droit international le Kosovo faisait toujours partie de la Serbie et de la Yougoslavie. Et on savait que ce n'était plus possible. Il a eu le rapport de Martti Ahtisaari qui a dit en substance : « mais ce n´est pas possible ! », ce que nous savions sur le terrain depuis toujours, et que je me forçais d’expliquer au Conseil de sécurité tous les deux mois, en particulier aux Russes et aux Chinois :

- Nous n’y arriverons pas autrement, 
- oui, mais ce n’est pas la loi 
- oui, ce n’est pas la loi, mais est-ce qu’il faut tuer tout le monde pour appliquer la loi ?
- ...
-Non, donc voilà ! 

Alors évidement si vous voulez parler de l’Ukraine maintenant, ça serait absolument le contraire... mais non, ce n’est pas le contraire, il y a aussi des gens qui ne veulent pas vivre ensemble. Le problème, est-ce qu’on fait tout ce qui est en notre pouvoir au niveau moral et pratique et parfois aussi militaire ? Est-ce qu’on fait tout pour laisser les gens ensemble avec en perspective des batailles effrayantes et de nombreux morts ? Je ne suis pas sûr. Et souvent le nationalisme qui balaye l’Europe en particulier, mais partout, regardez l’Ukraine… il faut en tenir compte, je crois qu’il y a eu un mouvement depuis le 19ème siècle au 20ème, de mettre ensemble diverses communautés pour faire des états-nations. C’est vrai ce fut un temps très importants, en particulier pour l’Europe, mais maintenant malgré l’exemple excellent de l’Union européenne qui ne va pas très bien mais enfin qui continue et qui reste un espoir et qui était pour ma génération un espoir formidable … mais il y a encore des séparatistes. Des gens qui veulent rester parce qu’ils se croient être protégés par leur pays, par leur nation, par leur culture.

Les leçons de la Coupe du Monde

Je me souviens bien de la phrase de François Mitterrand dans son dernier discours au parlement de Strasbourg, il a dit : « Un peu de nationalisme, c’est notre fierté, c’est la culture, c’est nécessaire. Trop de nationalisme, c’est la guerre ». Et c’est toujours vrai. Donc on voit ça en Ukraine, on voit ça un peu partout, moi je pense que l’exemple du Kosovo est un exemple à méditer, mais hélas ! « history is without memory », l’histoire passe et les gens regardent les nouvelles tous les jours et regardent surtout le football. Et bien le football mon cher, j’en termine par là. C’est l’exemple même de la globalisation, ici c’est le football. Tout le monde en parle, tout le monde en connaît les acteurs, les vedettes. Au fond de l'Afrique, en Amérique du Sud, en Asie, en Europe, partout !  Bon mais qu’est-ce qui se passe ? Il se passe que les gens qui croyaient avoir raison et avoir inventé le football, les Anglais, les Portugais, les Français et les Espagnols, ils sont tous chassés par les nouvelles nations. Pas tous encore, la France en particulier, mais on verra, on verra, on verra ! En tout cas, les grandes nations européennes ne sont plus le centre du monde du football. Et c’est une leçon à tirer ! »

Les Serbes et Kosovars, membres de l’Union européenne dans dix ou vingt ans ?

Bien sûr ! Je ne sais pas si ça sera dans 10 ou 15 ans mais lorsque nous avons décidé, c’est moi qui l’ai décidé, de leur donner le Deutsch Mark ce qui leur permettrait de rentrer plus tard dans l’euro, donc nous avions donné par avance aux Kosovars la possibilité de penser à l’Union européenne et il était évident que comme la Croatie rentrait dans l’UE, la Serbie doit y rentrer. Il y a encore des conditions, il y a des chapitres à ouvrir et la nécessité d’accepter les règles de l’UE, mais bien sûr, il faudra accepter la Serbie. Et alors quand on aura accepté la Serbie, je ne sais pas dans combien d’années, le Kosovo suivra.

Alors il y a un problème, parce que pendant ce temps-là, les grands pays en ont par-dessus la tête d’avoir à ajouter des pays. C´est un excellent motif politique pour arrêter les guerres et je pense, faire partie d’un ensemble et peut-être après on peut parler différemment. Ça c’est un bonne exemple, mais il y a un autre exemple, c’est Chypre. Voyez, on a accepté un pays qui a été divisé un deux, ça ne marche pas. Donc, il faut être très prudent, mais au fond nous savions d’avance qu’un jour, les Serbes, les Croates, les Kosovars, les Bosniaque et les Macédoniens se réconcilieraient dans l’UE. C’est ca que nous voulions, et nous l’avons su dès les premiers mois, ça n’était pas possible de mettre ces gens ensemble, il y avait des assassinats tous les jours…Il fallait une période de transition « a bufferzone ».

Peut-on réformer le Conseil de sécurité, tant qu'il y aura des membres qui ont le droit de véto et qui gardent jalousement ce pouvoir ?

Kouchner : « Ecoutez, oui, nous y pensions tous depuis très longtemps, il faut aussi qu’il y ait des partenaires permanents venus d'Afrique, venus d'Amérique Latine, pourquoi pas. A chaque fois qu’on commence à penser à ça, il y a beaucoup d’obstacles en particulier d’ailleurs le choix dans les continents qui ne sont pas représentés. Si vous prenez l’Afrique du Sud, le Nigéria va protester, bon… Et il y a des grands pays qui ne sont pas représentés. Oui, il faut une réforme. Malheureusement, la réforme n’est pas acceptée par tout le monde.

Je souhaite que la réforme se fasse. La France y travaille beaucoup, mais on peut dire aussi que pour le moment, bon an mal an, plutôt mal que bien, ça marche. Attention de ne pas briser l’outil ! La seule représentation internationale valable c’est le système des Nations Unies. Les agences qui marchent très, très bien, mais c’est surtout le Conseil de sécurité, les membres permanents, et puis évidement l’Assemblé générale. Pour le moment ça marche tant bien que mal, il faut faire très attention, l’histoire de la Libye était à la limite, limite dépassée même. Mais il y a de tas de choses qu’on n’a pas fait. Nous ne sommes pas intervenus en Syrie. C’est scandaleux ! Il fallait intervenir. Nous avons laissé Bashar Al-Assad utiliser l'arme chimique, qu’est-ce-que c'est qu'une organisation internationale qui n’impose pas des sanctions ? Mais par qui ? Il n’y a pas d’armée des Nations Unies, ce sont des armées volontaires. Et je signale que nous avions fait la même chose avec l’Iraq lorsque Saddam Hussein a bombardé douze villages, dont Halabja. Il y a des choses qu’on laisse passer, c’est une honte… il faut protester.

Aujourd’hui comme nous célébrons la naissance de cette pièce, de ce souvenir dans cette salle de conférence ici à Bruxelles qui porte le nom de Nadia Younes. Il faut se rappeler qu’il a des gens comme Nadia, comme Sergio de Mello, comme Jean-Sélim Kanaan, comme Fiona Watson qui se battaient comme des militants, à l’intérieur du système des Nations Unies pour que le droit soit respecté. Pour que la violence cesse. La violence faite aux femmes comme la violence faite aux hommes. La violence culturelle, la violence religieuse comme la violence armée. Il y a toujours ces gens-là, même ceux qui sont morts, leurs esprit est là, et il faut une réforme, vous avez raison, mais il faut surtout des gens qui croient aux Nations Unies, qui savent que c’est irremplaçable et que si comme la Société des Nations avant la Seconde Guerre Mondiale, tout ça se fragmente et meurt, ça serait une perte irréparable.

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