Vendredi, 23 Août 2019
UNRIC logo - français

l'ONU dans
votre langue

L’interview exclusive de Vincent Cochetel, l’Envoyé spécial des Nations Unies pour les réfugiés

cochetel interview

12 juillet 2019 - L’Envoyé spécial du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) pour la situation en Méditerranée centrale, Vincent Cochetel, tirait la sonnette d’alarme le 26 juin dernier sur les nombreuses violations des droits de l’homme le long des routes migratoires vers la Méditerranée. Il soulignait le besoin urgent d’un financement de 210 millions de dollars en vue de renforcer la protection des migrants.

Le Centre régional d’information des Nations Unies pour l’Europe occidentale basé à Bruxelles, a eu l’immense privilège de recevoir Monsieur Cochetel dans ses locaux et de l’interviewer sur la situation le long des routes menant à la Méditerranée.

Lors de votre dernière conférence en juin, vous annonciez le besoin urgent de rassembler 210 millions de dollars en vue réduire les risques le long des routes migratoires. Le HCR, l’Agence des Nations Unies pour les réfugiés a-t-il progressé dans sa recherche de financement de ses différents programmes de soutien aux victimes ?

La recherche de financement demande des efforts continus. Il faut relancer les Etats les uns après les autres, et les institutions qui ont les moyens financiers de nous aider. L’idée est de stabiliser les mouvements de population et d’éviter dans la mesure du possible que ces personnes, parce qu’elles sont dans une situation de désespoir, s’embarquent sur ces routes dangereuses qui mènent vers le Maroc ou la Libye. Il y a de nombreux dangers concernant la sécurité et il faut essayer de créer pour ces personnes des alternatives crédibles sur ces différentes routes.

En rebondissant sur le fait que le financement dépend notamment des institutions qui ont les moyens de vous aider : 2019 étant une année charnière pour l’UE avec un nouveau Parlement, une nouvelle Commission, mais également des nouvelles législatures nationales, êtes-vous optimistes quant aux futures politiques migratoires de l’UE et de son soutien aux activités du HCR ?

Il y a une certaine continuité au niveau de la gestion de la relation entre l’UE et du HCR, cela ne dépend pas simplement de la personne en charge. Il y a un certain nombre de cadres directeurs qui ont été adoptés, je prends pour exemple le Plan d’action de la Valette. Nous n’avons pas besoin de nouveau plan d’action, de nouveau processus de dialogue. Ces processus existent, il faut se concentrer sur la mise en œuvre de ce qui a été décidé à la Valette. Celui-ci comprend cinq composants, dont deux spécifiquement sur le retour au pays d’origine et la gestion des frontières, pour lesquels des moyens importants ont été débloqués. Cependant, cela ne suffit pas si nous voulons véritablement avoir un dialogue avec les partenaires africains. Il est impératif de travailler sur l’ensemble des volets du plan d’action, y compris ceux qui sont plus épineux pour l’Europe.

Je suis optimiste de manière générale, mais il ne faudrait pas toujours revisiter la situation. Il est évident que l’on va apprendre à connaitre les nouveaux interlocuteurs, comprendre s’ils travaillent de la même manière, mais on ne change pas la géographie ni les données fondamentales. D’une part, il y a des gens qui se déplacent pour des raisons économiques, des raisons de surpopulation et d’exode rural, créés en partie par des changements climatiques. D’autre part, dans 22 pays africains (soit presque 1 sur 3) on assiste à des déplacements internes, et externes, liés à des conflits, des violations des droits de l’homme et des conflits intercommunautaires. Malheureusement tant que ces conflits ne seront pas réglés, les gens continueront à se déplacer. Cependant, tout le monde ne se déplace pas, la majorité des gens restent dans leur pays de premier asile, ils ne prennent pas le risque d’aller dans d’autres pays. De plus, certaines catégories de population sont plus susceptibles de se déplacer, notamment les jeunes hommes entre 15 et 25 ans, qui partent sur ces routes dangereuses.

Le 30 juillet les Nations Unies vont honorer les victimes de la traite d’êtres humains. Au cours de leurs parcours migratoires, de nombreux réfugiés sont confrontés à de multiples types d’exploitations et de violences. Pouvez-vous citer un ou plusieurs exemples d’actions entreprises par le HCR pour protéger ces victimes ?

Malheureusement la traite n’est pas un évènement récent ou moderne, il y a toujours des gens qui ont une propension à exploiter la vulnérabilité d’autres beaucoup plus faibles. Donc notre travail est principalement un travail d’information avec les communautés et les autorités locales pour signaler ce type de cas, pour encourager les victimes de traite d’approcher les services compétents et d’avoir ce qu’on appelle des filets de sécurité lorsque l’Etat n’a pas la capacité de protéger ses populations. Le HCR, en partenariat avec d’autres ONG, essaye de procurer aux gens des services de base pour les sortir de ces situations d’exploitation. Toutefois la tâche est immense car la plupart de ces exploitations sont clandestines, donc invisibles. Il est donc impératif que les victimes témoignent afin d’avoir connaissance de ces cas précis.

Vous soulignez l’importance des témoignages pour prendre connaissance de la réalité du terrain. Dès lors, incluez-vous ces témoins dans vos programmes et dans vos conférences ?

Certains réfugiés libyens se sont réinstallés dans des pays européens en passant par le Niger qui est notre plateforme d’évacuation. On peut donner une voix à ces gens-là pour qu’ils puissent nous parler de leur itinéraire, de leur calvaire, et surtout de leur choix aussi de partir en Libye. Il y a d’autres réfugiés qui sont restés dans leur pays de premier asile et qui ont fait le choix de ne pas aller en Libye. Il est important d’observer et de comprendre cette décision. On essaye d’augmenter la participation des réfugiés en général dans la mise en œuvre de nos programmes. Cela se passe sur le terrain, car traditionnellement le HCR consultait beaucoup les réfugiés pour évaluer leurs besoins et voir avec eux quelles étaient leurs intentions pour le futur, en particulier le retour volontaire dans le pays d’origine. Mis à part cela, on n’avait pas énormément d’engagement avec les réfugiés. Maintenant ce n’est plus simplement l’évaluation de leurs besoins mais s’assurer qu’ils participent à la mise en œuvre des programmes, et qu’eux-mêmes évaluent ces programmes ; le but étant qu’ils deviennent acteurs de leur propre changement et non de simples bénéficiaires d’aides humanitaires. Cela implique un réel changement culturel.

Qu’est-ce que le HCR met en place pour rendre ces situations plus visibles et faire porter les voix des réfugiés.

Les cartes sont un bon outil de communication pour montrer les routes empruntées par les populations et mettre en exergue que la plupart de ces mouvements migratoires mixtes n’a pas lieu à travers les capitales. Il faut travailler en dehors des villes, au sein des petites communautés, là où les gens passent réellement, car si nous ne sommes pas là à leur passage, nous n’avons aucun moyen d’avoir un impact et un dialogue avec eux. On est un peu effrayés parfois lorsque les Etats n’ont que des réponses visant à contenir les mouvements. Mais ce n’est pas en construisant des murs, ou avec plus de contrôles aux frontières que l’on va forcément avoir un impact sur ces mouvements. Pour répondre aux causes profondes, il faut s’assurer qu’il y ait des réponses et des actions cohérentes et pragmatiques le long des routes, autrement les passeurs trouveront d’autres lieux de passage.

La compréhension européenne des frontières représente un autre problème non négligeable. On ne peut pas reproduire des outils créés au niveau européen et les imposer comme standard pour une gestion des frontières dans des pays où les frontières ont été dessinées assez artificiellement et où les populations ont des habitudes de transhumance.

Lors de votre dernière conférence du 26 juin, vous évoquiez le refus du gouvernement mauritanien d’enregistrer les réfugiés maliens en dehors du camp du HCR installé à Mbera. Est-ce que la situation a évolué depuis ?  

La situation a évolué depuis le 26 juin avec un effet positif. Le gouvernement mauritanien exigeait que les réfugiés maliens restent dans un camp à Mbera, et qu’il n’était pas question pour le HCR d’enregistrer des réfugiés maliens qui voulaient vivre en dehors du camp. Or tous les réfugiés n’ont pas envie de vivre dans des camps. Bien au contraire, certains voudraient vivre de manière autonome, trouver des petits boulots, mais le problème est qu’ils n’ont pas de documentation. L’importance pour le HCR était d’attirer l’attention des autorités mauritanienne sur la nécessité de documenter ces populations, d’avoir une approche plus flexible de l’enregistrement plutôt que d’avoir une population vulnérable, quasiment clandestine sur leur territoire. Récemment les autorités mauritaniennes ont débloqué la situation et autorise le HCR à enregistrer les réfugiés également dans les villes de Nouakchott et Nouâdhibou.

Pour plus d’informations :

 

 

 

Réseaux Sociaux

facebook64x64 Dblue twitter64x64 Dblue
France et Monaco

facebook64x64 Dblue
Belgique et Luxembourg

Des petits gestes pour faire progresser
le développement durable

La semaine passée à l'ONU
27 juillet au 2 août 2019

Screenshot 2019 07 11 The Sustainable Development Goals Report 2019 French pdf

united to reform web brand fr 960x540 cropped

news32x32 DblueNominations

  • ​​​​​​​​​Jan Beagle, de la Nouvelle-Zélande, nommée Conseillère spéciale à la mise en œuvre des décisions du Conseil des chefs de secrétariat (5 août 2019)

  • Le Secrétaire général nomme Melissa Fleming, des Etats-Unis, Secrétaire générale adjointe à la communication globale (1 août 2019)

  • Christian Saunders, du Royaume-Uni, nommé Commissaire général adjoint par intérim de l’UNRWA (1 août 2019)


    Liste complète...