Trois cyclones en 2025. Des enfants recrutés de force ou enlevés par des groupes armés. Seulement 40 % des personnes ayant besoin d’aide alimentaire qui en obtiennent. Et encore…
Cette aide leur parvient sous une forme « dérisoire », indique Paola Emmerson, représentante du Bureau de coordination de l’aide humanitaire de l’ONU (OCHA) au Mozambique, dans un contexte de pénuries liée à la baisse des financements internationaux.
Le Mozambique, pays voisin de l’Afrique du Sud dont le littoral donne sur l’océan Indien, peuplé de 35,6 millions d’habitants, est en proie depuis neuf ans à une triple crise.
Le contexte : une nation autrefois dévastée, en passe de s’enrichir
L’ancienne colonie portugaise a connu, comme l’Angola, l’une des plus longues guerres civiles d’Afrique (1977-92), avec une rébellion concentrée dans le nord, le centre et les zones rurales.
Cette nation pauvre et agricole s’est relevée, devenant d’abord une destination touristique en raison de ses plages, puis drainant des investissements étrangers massifs depuis la découverte en 2010 d’immenses gisements de gaz naturel.
En attendant les retombées de la manne gazière, le pays se classe toujours au 182e rang, entre l’Afghanistan et Madagascar, sur les 193 pays de l’Indice de développement humain (IDH) du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).
Un groupe jihadiste sème la terreur dans le nord du Mozambique
Dans la province du nord de Cabo Delgado, un groupe armé jihadiste dénommé Al Shabaab sévit depuis 2017. Les autorités n’en sont pas venues à bout, malgré l’assistance du Rwanda, qui a déployé plus de 1000 soldats à partir de juillet 2021, dans le cadre d’un accord entre les deux pays.
Les violences, qui incluent la décapitation de civils, les prises d’otage et les incendies d’habitations, se sont étendues aux provinces de Nampula et Niassa.
Face à l’impasse militaire, l’Australien Ben Saul, rapporteur spécial de l’ONU sur la promotion et la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales dans la lutte antiterroriste, a appelé en août 2026 à privilégier une issue négociée plutôt qu’une stratégie purement défensive.
Il a pointé les « causes profondes » du conflit – des inégalités sociales et spatiales à l’intérieur du pays, qui nourrissent le ressentiment depuis la découverte d’importants gisements de gaz, notamment au large du Cabo Delgado.
« Le gouvernement et les partenaires internationaux devraient intensifier les efforts pour contrer l’idéologie de l’extrémisme violent, renforcer les institutions de l’Etat et le développement humain dans le nord, s’assurer du fait que les communautés du Cabo Delgado bénéficient de manière équitable de la richesse de leur province en ressources naturelles, réguler les industries extractives et renforcer la gouvernance inclusive ».
Changement climatique
Exposé au changement climatique, le territoire est de plus en plus souvent dévasté par des cyclones. Il est gravement inondé durant l’été austral (décembre-mars), mais aussi asséché en raison du phénomène climatique El Niño. Les autorités nationales ont mis en place un système d’alerte précoce, dénommé « Alerte rouge ».
En janvier 2026, des inondations monstres causées par des pluies diluviennes ont touché 10 des 11 provinces du pays, faisant plus de 270 morts selon les autorités et provoquant une nouvelle épidémie de choléra.
Les dégâts sont immenses pour l’économie et la population: les dernières inondations ont abîmé ou détruit plus de 8 000 km de routes, 440 000 hectares de cultures, 21 000 logements, 302 centres de santé, 717 écoles et 53 systèmes de distribution d’eau.
Plus de 600 000 personnes déplacées
Entre les seuls mois de septembre et décembre 2025, 330 000 personnes ont dû fuir. Au total, l’insécurité et les changements climatiques ont déplacé 600 000 personnes, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR).
Environ 4,8 millions de personnes au Mozambique ont besoin d’une aide humanitaire, dont plus de la moitié sont des enfants, indique de son côté l’Unicef.
« La réponse humanitaire atteint son point de rupture à un moment très dangereux pour les enfants, en raison des déplacements de population accélérés et du risque élevé de cyclones dévastateurs dans les mois à venir », a déclaré fin 2025 Marie Louise Eagleton, représentante de l’Unicef au Mozambique.
Certaines familles font le choix risqué de retourner chez elles, sans savoir si la situation est devenue plus stable ou non.
L’aide internationale en baisse
Lorsque les autorités font appel à l’aide internationale face aux catastrophes climatiques, qui se succèdent à un rythme de plus en plus soutenu depuis les graves inondations de l’an 2000, les agences de l’ONU lancent des appels aux financements.
En mai dernier, l’ONU a ainsi rassemblé 98 millions de dollars de financements d’urgence pour soutenir les communautés affectées. Ce montant fait partie du Plan 2026 pour les besoins et la réponse humanitaire au Mozambique, qui estime les besoins à 534 millions de dollars, pour venir en aide à 1,7 millions de personnes. Dans un contexte de baisse drastique de l’aide internationale, il n’a été financé à ce jour qu’à hauteur de 42 %.
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