Sara Shahverdi incarne l’histoire des droits des femmes en Iran et le potentiel de changement que recèle le leadership féminin local. Ancienne sage-femme, devenue la première femme élue conseillère municipale, elle accompagne les jeunes filles, lutte contre le mariage des enfants et s’attaque aux systèmes de pouvoir profondément enracinés dans un village rural iranien.
Elle est la protagoniste du poignant documentaire « Cutting through rocks » (Franchir les rochers), réalisé par les cinéastes iraniens Mohammadreza Eyni et Sara Khaki.
À l’occasion de la Journée internationale des femmes (8 mars), le Centre régional d’information des Nations Unies (UNRIC), en partenariat avec le Festival du film de Luxembourg, a organisé une projection Ciné-ONU de ce documentaire nommé aux Oscars, suivie d’une table ronde réunissant exclusivement des femmes sur les thèmes relatifs aux droits des femmes abordés dans le film. Des membres de la diaspora iranienne étaient également présents dans la salle.
Un documentaire filmé sur huit ans en Iran
« Les réalisateurs ont consacré huit ans à la production du film, observant l’évolution progressive des mentalités », a déclaré Skerdi Zanaj, professeure d’économie et chargée de l’égalité des genres à l’Université du Luxembourg. « Cela nous rappelle que le changement dans la défense des droits des femmes est souvent lent, mais possible. »
Elle a ajouté que ses recherches sur les réalisateurs lui avaient permis de constater que « davantage de femmes de cette communauté sont désormais copropriétaires de leur maison avec leur mari, et que davantage de filles vont à l’école grâce à la construction d’une nouvelle école plus grande dans le village. »
Le mariage précoce, une question qui demande plusieurs types de réponses
Skerdi Zanaj a participé à la discussion, animée par Marian Blondeel de l’UNRIC, en compagnie de Julieta Marotta, professeure adjointe à l’UNU-MERIT (Pays-Bas), et d’Elisabeth Gueye, experte en genre et droits humains à LuxDev (Agence luxembourgeoise de coopération au développement).
Cette dernière a souligné l’ampleur et la persistance du mariage d’enfants dans le monde. Elle a insisté sur le fait que la résolution de problèmes profondément enracinés exige une approche multidimensionnelle.
« Pour mettre fin aux mariages précoces, il ne suffit pas d’adopter des lois, a déclaré Elisabeth Gueye. Il faut notamment fixer l’âge minimum à 18 ans sans exception, aligner la législation nationale sur les cadres internationaux relatifs aux droits humains, comme la Convention relative aux droits de l’enfant et la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (CEDAW), et veiller à leur application par des policiers et des juges formés à cet effet ».
« Un changement durable, a-t-elle poursuivi, dépend également de plans d’action nationaux solides, d’investissements dans l’éducation des filles, d’un soutien aux familles et d’un engagement actif de la communauté auprès des dirigeants locaux, des jeunes et des parents, pour que la protection des filles devienne l’affaire de tous. »
Le long chemin vers l’application de la CEDAW
Julieta Marotta a souligné l’importance de la représentation et de la sensibilisation aux droits. Si de nombreux pays ont adopté le Traité international qu’est la CEDAW, elle a fait remarquer que les cadres juridiques ne suffisent pas si les citoyens ignorent leurs droits ou si ces droits ne sont pas appliqués.
« Remettre en question des traditions profondément ancrées est un processus long », a-t-elle souligné. « Il nous faut de la patience et des personnes engagées. » Mme Marotta a cité la protagoniste du film comme un exemple parfait de leadership citoyen, illustrant comment cette leader iranienne locale a mis en œuvre des solutions concrètes et recherché un impact durable.
Skerdi Zanaj a également insisté sur la nécessité de soutenir des leaders comme Sara Shahverdi, la protagoniste du film. Au-delà de la reconnaissance, « il est indispensable d’apporter un soutien financier aux réseaux formels et informels de ces leaders citoyens. Une véritable transformation dans des contextes restrictifs comme celui de ce village rural ne viendra pas de solutions extérieures, mais de la résilience et du savoir des femmes et des hommes au sein de ces communautés. »
Message universel à partir d’un village rural en Iran
La discussion a mis en lumière comment l’histoire de cette femme dans un village rural iranien reflète des enjeux mondiaux plus vastes. « Son histoire est locale, mais son message est universel », a conclu la modératrice Marian Blondeel, tandis que les intervenants ont souligné que la promotion de l’égalité des sexes exige une représentation égale, une action à tous les niveaux et la persévérance de défenseurs résilients.
La projection s’est déroulée dans un contexte d’escalade militaire dans la région. Les intervenants ont souligné que les conflits et l’instabilité compromettent le développement et que, lorsque celui-ci est retardé, ce sont souvent les femmes et les filles qui en souffrent le plus. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a insisté sur le fait que « toutes les attaques illégales causent d’énormes souffrances et des dommages considérables aux civils dans toute la région. Il est temps de mettre fin aux combats et d’entamer de sérieuses négociations diplomatiques. »
