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Féminicides : la maison, lieu de tous les dangers

En 2021, plus de cinq femmes étaient tuées chaque heure par un membre de sa propre famille. Plus de 120 par jour. C’est une des conclusions du nouveau rapport sur les féminicides publié conjointement par ONU Femmes et l’Office des Nations Unies contre les drogues et le crime (ONUDC).

Ce rapport est publié à l’approche de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le 25 novembre, date à laquelle débute les 16 jours d’activisme pour cette cause. Il rappelle que la violence contre les femmes et les filles est l’une des violations des droits de l’homme les plus répandues dans le monde.

Pour beaucoup, le domicile n’est pas un endroit sûr. L’année dernière, sur l’ensemble des femmes et des filles tuées intentionnellement, 56% des meurtres ont été commis par un partenaire intime ou un membre de la famille. À titre de comparaison, seuls 11 % de tous les homicides d’hommes sont perpétrés dans la sphère privée. 

Pas de réel progrès

Au cours de la dernière décennie, le nombre total de féminicides est resté globalement inchangé. L’ampleur réelle des féminicides pourrait être bien plus élevée que celle annoncée.

Le manque de définitions claires dans les législations nationales ne permet pas d’identifier ni de comptabiliser tous les cas. Le rapport estime que, pour environ quatre femmes sur dix tuées intentionnellement en 2021, il n’y avait pas assez d’informations pour qualifier l’acte de féminicide. Le problème est particulièrement prégnant pour les meurtres commis dans la sphère publique.  

Un problème mondial

Les féminicides concernent tous les pays du monde. Mais, si on regarde les chiffres, l’Asie compte le plus grand nombre de meurtres liés au genre dans la sphère privée en 2021. Pourtant, les femmes risquent davantage d’être tuées par leur partenaire intime ou d’autres membres de la famille en Afrique. 

La pandémie de COVID-19 en 2020 et les périodes de confinement n’ont rien arrangé. D’après cette étude, elles coïncident avec une augmentation significative des meurtres liés au genre dans la sphère privée en Amérique du Nord et, dans une certaine mesure, en Europe occidentale et méridionale.

Des chiffres glaçants en France

Les féminicides ont augmenté de 20% entre 2021 et 2020, en France. 122 femmes ont été tuées par leur conjoint, ex-conjoint ou un membre de leur famille. Parmi ces victimes, près d’une femme sur trois (32%) avait déjà subi des violences conjugales. 64% l’avaient signalé aux forces de l’ordre. Parmi celles-ci, 84% avaient déposé une plainte.

Le gouvernement français s’est engagé à améliorer le traitement judiciaire des violences conjugales. En septembre, la Première ministre Elisabeth Borne avait annoncé la création d’une mission parlementaire chargée de faire des propositions d’améliorations. Les résultats de ces travaux devraient être disponibles en février 2023. 

La Belgique se dote d’une loi contre les féminicides

Le gouvernement fédéral belge a adopté le 28 octobre 2022 un projet de « loi sur la prévention et la lutte contre les féminicides, les homicides basés sur le genre et les violences qui les précèdent » visant à doter la Belgique d’un ensemble d’instruments de protection des victimes de féminicides et de mesure de ces crimes. En 2022, au moins 20 femmes ont été victimes de féminicide en Belgique. 

La future loi permettra d’instaurer une collecte officielle de données statistiques sur le féminicide dans le pays et d’évaluer l’ampleur du problème et ses caractéristiques. Le projet de loi prévoit également de former les policiers et les magistrats sur le sujet.  

L’Europe pousse le Luxembourg à reconnaître le féminicide

Au Luxembourg, la notion de féminicide n’est pas reconnue par la loi. 

Selon le dernier rapport de la police grand-ducale, 917 appels pour des cas de violence domestique ont été enregistrés l’an dernier. Parmi les victimes, une majorité de femmes (60,69%). Pour autant, nulle mention de féminicide.

L’Institut européen pour l’égalité entre les hommes et les femmes recommande au Grand-Duché de « créer une définition du féminicide, de réaliser une collecte de données exhaustives et de veiller à ce que la dimension de genre soit visible ».

Un drame qui peut être évité

Les meurtres et autres formes de violences liées au genre ne sont pas inévitables. Ils peuvent être prévenus, grâce à différentes actions : identification précoce des femmes touchées par la violence, accès à un soutien et à une protection centrés sur les survivants notamment. Mais, il faut également s’attaquer aux causes profondes du problème,   notamment en transformant les masculinités et les normes sociales néfastes

Le renforcement de la collecte de données sur les féminicides est un autre point important. C’est une étape essentielle pour éclairer les politiques et les programmes visant à prévenir et à éliminer la violence contre les femmes et les filles.

Le rapport publié aujourd’hui contribue à alimenter les 16 jours d’activisme contre la violence sexiste, une campagne internationale qui débute le 25 novembre et se poursuit jusqu’au 10 décembre, Journée des droits de l’homme.

Pour en savoir plus : 

Contacts utiles

Si vous êtes victimes de violences conjugales, vous pouvez appeler le 3919 (France), 0800 30 030 (Belgique) ou le 113 (Luxembourg).

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