Les droits humains sont la cible d’une attaque de grande envergure, partout dans le monde, a averti lundi 23 février le Secrétaire général des Nations Unies, décrivant un monde où l’État de droit est écrasé par la loi du plus fort.
« Cette agression n’est menée ni en secret, ni par surprise », a expliqué António Guterres. « Elle a lieu au grand jour, souvent sous la direction des plus puissants ».
« Partout dans le monde, les droits humains sont sacrifiés, de manière délibérée et stratégique ». Des millions de personnes en souffrent, d’abord en raison de la violence, de l’oppression ou de l’exclusion, puis à nouveau de l’indifférence du monde.
« Quand les droits humains s’effritent, tout le reste s’écroule », a souligné le chef de l’ONU. La paix. Le développement. La cohésion sociale. La confiance. La stabilité.
Des choix politiques à l’origine de l’impunité mondiale croissante
S’exprimant à l’ouverture de la 61e session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU à Genève, alors que le Conseil célèbre son 20e anniversaire, le Secrétaire général a souligné que les crises actuelles, de l’Ukraine au Territoire palestinien occupé, en passant par le Soudan, le Sahel et la République démocratique du Congo, sont les symptômes d’une érosion plus profonde des droits humains. Il a condamné l’impunité généralisée. « Nous vivons dans un monde où les souffrances massives sont admises… où les êtres humains sont utilisés comme monnaie d’échange … où le droit international est considéré comme un simple désagrément ».
Cette crise des droits humains n’est pas dû à de l’ignorance, au manque d’outils ou à l’absence d’institutions. « C’est le résultat de choix politiques », a souligné António Guterres.
Le chef de l’ONU a également insisté sur le fait que cette crise du respect des droits humains n’est pas isolée. Elle fait écho à toutes les autres fractures dans le monde qui affaiblissent l’ordre international, et les aggravent : les besoins humanitaires explosent tandis que les financements chutent; les inégalités se creusent à une vitesse ahurissante; les pays croulent sous la dette et le désespoir; le chaos climatique s’accélère; les technologies, en particulier l’intelligence artificielle, sont utilisées pour opprimer ou renforcer la discrimination.
« De toutes parts, les personnes déjà vulnérables sont encore plus marginalisées. Et les défenseurs et défenseuses des droits humains sont parmi les premiers à être réduits au silence lorsqu’ils et elles tentent de nous mettre en garde. »
Au cours de son intervention, M. Guterres a lancé plusieurs mises en garde. Dans de nombreux pays, l’espace civique se rétrécit ; des journalistes et des militants sont emprisonnés ; des ONG sont fermées ; les droits des femmes reculent; les minorités, les migrants, les réfugiés, les personnes LGBTIQ+ et les communautés autochtones sont ciblés ; et les droits des enfants sont oubliés. La désinformation empoisonne le débat public et alimente la violence dans le monde réel. Dans cette offensive coordonnée, les droits humains sont les premières victimes, et la démocratie elle-même devient fragile lorsque les libertés de réunion, d’expression et d’association sont bafouées, a souligné M. Guterres.

Agir sur trois fronts brûlants
Pour faire face à cette situation, le Secrétaire général a appelé à une action urgente sur trois fronts.
Premièrement, il a appelé à défendre sans compromis les fondements communs des droits humains : « la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme et les instruments relatifs au droit international des droits humains ne sont pas un menu à la carte ». « Les dirigeants ne peuvent pas choisir ce qu’il leur plaît et faire fi du reste. Et les droits humains eux-mêmes sont indivisibles ». Tous les droits, civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, sont universels et interdépendants.
Deuxièmement, il a exhorté à un renforcement de la gouvernance mondiale. Pour le chef de l’ONU, la réforme du Conseil de sécurité et du système financier international est essentielle pour protéger les droits, car les institutions actuelles ne reflètent plus la réalité du monde. Lorsque le Conseil est paralysé ou que la rivalité géopolitique l’emporte sur la protection des civils, « l’impunité s’étend. Les souffrances se multiplient. Et les droits humains sont piétinés ».
Le Secrétaire général a également souligné que l’Initiative ONU80 vise à renforcer les liens entre droits humains, paix, développement et action humanitaire dans l’ensemble du système des Nations Unies. La proposition de créer un Groupe des droits humains à l’échelle du système vise à garantir que les droits humains soient intégrés dans toutes les politiques et opérations de l’Organisation. Cet effort s’inscrit dans l’agenda global des droits humains de l’ONU et nécessite une volonté politique des États membres ainsi qu’une participation réelle des pays en développement, longtemps exclus des processus décisionnels.
Troisièmement, le Secrétaire général a appelé à donner libre cours à la puissance des droits humains. « Là où les droits progressent, les conflits perdent du terrain. Là où la justice prévaut, l’extrémisme violent s’affaiblit. Là où l’égalité s’étend, les possibilités deviennent innombrables. Là où règne la liberté, les sociétés prospèrent. »
Réaliser les Objectifs de développement durable, accélérer l’action climatique, renforcer l’État de droit et soutenir les travaux menés par la Cour internationale de Justice et de la Cour pénale internationale, sont des étapes essentielles.
« Les droits humains ne sont l’apanage d’aucune région du monde. Ils ne sont pas un luxe – ils ne sont pas négociables. Ils sont le fondement d’un monde plus pacifique et plus sûr ».
En conclusion, le chef de l’ONU a exhorté à ne pas laisser la force dicter de nouvelles règles ne donnant aucun droit aux personnes vulnérables et aucune limite aux puissants. « Un monde qui protège les droits humains est un monde qui se protège lui-même. »
Plus d’information :
- Discours du Secrétaire général au Conseil des droits de l’homme, le 23 février 2026
