Les pistaches, récemment popularisées avec le fameux « chocolat de Dubaï » et ses dérivés, peuvent tuer… En effet, ces fruits à coque peuvent contenir des aflatoxines, cancérogènes et potentiellement mortelles. L’ONU s’est intéressée à des moyens de détection efficaces et peu chers de ces aflatoxines.
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture possèdent en effet un laboratoire de recherche en sureté sanitaire, qui s’est penché sur la question.
Le laboratoire, situé Seibersdorf, en Autriche a développé une technique nucléaire innovante qui permet de détecter ces toxines plus rapidement, à moindre coût et plus efficacement que jamais, rendant ainsi la consommation de pistaches plus sûre pour tous.
Utilisée depuis 2023, cette technique est désormais appliquée par un nombre croissant de pays à travers le monde. Pourtant la pistache aurait été pendant longtemps réservée à un petit nombre de privilégiés.
La légende raconte que la reine de Saba, dont l’empire s’étendait de l’actuel Yémen à l’Éthiopie, aimait tellement les pistaches qu’elle interdit aux citoyens ordinaires de les cultiver et les réserva exclusivement à la cour royale.
Les civilisations anciennes, des Perses aux Grecs et aux Romains, utilisaient cette noix non seulement pour cuisiner, mais aussi pour traiter diverses maladies telles que les inflammations.
Aujourd’hui, les pistaches sont plus populaires que jamais. Rien qu’en 2022, plus d’un million de tonnes de pistaches ont été produites dans le monde, les principaux producteurs étant l’Iran, les États-Unis et la Turquie.
Que sont les aflatoxines ?
Les aflatoxines sont des composés chimiques produits par des moisissures ou des champignons qui peuvent infecter des cultures telles que le maïs et les noix, y compris les pistaches, qui sont l’un des produits les plus touchés par les aflatoxines.
Ces toxines sont classées comme cancérigènes, et une exposition prolongée à celles-ci a été associée à des insuffisances hépatiques et à des tumeurs. Dans le cas d’aliments fortement contaminés, l’intoxication à l’aflatoxine peut être mortelle immédiatement ou peu après la consommation.
La coque de la pistache la protège de la contamination externe. Cependant, pendant la maturation, cette coque se fend, exposant la pistache aux moisissures et aux insectes, ce qui augmente le risque de formation d’aflatoxines et de contamination.
Les aflatoxines sont généralement invisibles à l’œil nu, mais les signes visibles de moisissure sur les pistaches peuvent inclure des lésions ou des taches noires ou grises et noires sur les coques ou les amandes.
La contamination peut être aggravée après la récolte en raison de conditions de stockage inappropriées.
Par conséquent, les niveaux d’aflatoxines sont strictement réglementés dans les aliments, avec une limite maximale de 10 microgrammes par kg autorisée dans les pistaches. (Proportionnellement, cela équivaut à environ un grain de sucre dans un sac de 100 kg.)
Les techniques conventionnelles de détection des aflatoxines sont coûteuses, les équipements sont chers et sont opérés par des techniciens hautement qualifiés. Cela les rend moins adaptées aux opérations sur le terrain et moins accessibles pour les pays aux ressources limitées, ce qui constitue une lacune critique, en particulier lors de situations d’urgence en matière de sécurité alimentaire où un dépistage rapide peut sauver des vies.
Un laboratoire dans une boîte
Les chercheurs du laboratoire de l’ONU, le FSCL, ont mis au point avec succès une boîte à outils permettant de détecter facilement les aflatoxines. Des conducteurs électriques en céramique détectent quatre types différents d’aflatoxines dans les pistaches. Un capteur envoie un petit signal électrique en présence d’aflatoxines, qui peut ensuite être enregistré à l’aide d’un téléphone portable.
Cette technique permet de détecter des aflatoxines à des concentrations 150 fois inférieures à la limite autorisée, ce qui en fait un outil prometteur pour le dépistage sur le terrain et l’évaluation rapide des risques.
« Elle est plus rapide, moins coûteuse et ne nécessite pas tout un laboratoire », explique Christina Vlachou, directrice du FSCL. « Cela signifie qu’elle peut être utilisée sur le terrain, même en cas d’urgence, et dans les pays qui en ont le plus besoin. »
L’impact du changement climatique
Le changement climatique devrait accélérer la propagation des mycotoxines telles que les aflatoxines et la contamination des aliments par les métaux lourds, ce qui pourrait avoir des conséquences dévastatrices pour la sécurité alimentaire et la santé publique dans les pays déjà confrontés à l’insécurité alimentaire.
Les pays auront besoin d’outils légers, faciles à utiliser, abordables et évolutifs, en particulier dans les régions où les tests de laboratoire conventionnels sont inaccessibles.
Les experts en sécurité alimentaire de Seibersdorf s’efforcent d’étendre ce type d’application à d’autres catégories de contaminants présents dans d’autres produits alimentaires, en fonction des besoins des États membres.
Le FSCL a également adapté la même plateforme de capteurs pour détecter les fumonisines (mycotoxines nocives liées au cancer et aux malformations congénitales) dans le maïs et les produits à base de maïs, ainsi que les métaux toxiques tels que le plomb dans les jus de fruits. Cette flexibilité fait de cette technique un outil puissant pour améliorer la sécurité alimentaire.
