Dans le cadre de sa campagne « Redefine Alcohol » (redéfinir l’alcool) en Europe, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publie des témoignages, en partenariat avec l’Union européenne (UE).
L’un de ces récits est celui d’Alexandre Béhier, un ressortissant belge qui a bien voulu témoigner dans le cadre de ce partenariat entre l’OMS et l’UE dénommé « Evidence into Action Alcohol Project » (EVID-ACTION). Lancé en 2022, EVID-ACTION vise à sensibiliser le public sur les méfaits de l’alcool à travers 30 pays – les 27 membres de l’UE plus l’Islande, la Norvège et l’Ukraine.
Huit des dix pays où la consommation d’alcool est la plus élevée au monde sont dans l’UE
Pourquoi une telle initiative ? Parce que « huit des dix pays où la consommation d’alcool est la plus élevée au monde se trouvent dans l’UE, où près de 300 000 personnes meurent chaque année des suites de blessures, de cancers, de maladies cardiovasculaires et d’autres maladies et affections liés à l’alcool », indique l’OMS.
Selon les statistiques de l’OMS, la consommation moyenne par an et par habitant (de plus de 15 ans) s’élevait à 11,2 litres d’alcool pur en France et 8,7 litres en Belgique et aux Pays-Bas en 2022. Pour les autres pays d’Europe, on compte 11 litres en Espagne, 11,2 en Allemagne et au Portugal, 11,3 en Hongrie, 11,8 en Autriche, 11,9 en Pologne, 13,7 en République tchèque, et 14,7 en Lettonie. Avec 17,1 litres d’alcool pur par an et par habitant, la Roumanie affiche la plus forte moyenne au monde.
En revanche, les pays de l’UE où l’on boit le plus modérément sont Chypre (5,2 litres), la Macédoine du Nord (5,8 litres) et la Grèce (7 litres).
« L’alcool est partout, dans la vie quotidienne »
Alexandre Béhier buvait entre trois et cinq bouteilles par jour, avant d’avoir arrêté. Il raconte avoir commencé à 15 ans, « l’alcool étant partout, intrinsèquement lié à la vie quotidienne » en Belgique. Il se souvient avoir été constamment entouré d’amis buvant de l’alcool et fumant. Dans ces groupes, la consommation abusive d’alcool est non seulement perçue comme acceptable, mais aussi célébrée.
« Dans mon expérience, les Belges sont fiers de boire », témoigne Alexandre Béhier. Même lorsque sa consommation s’est aggravée, l’environnement culturel a rendu difficile la prise de conscience du danger. « Je n’ai pas reçu de signaux d’alerte, même lorsque j’avais besoin de l’alcool tous les jours », poursuit-il.
Dans beaucoup de pays d’Europe, l’alcool s’accompagne souvent d’une forte pression sociale –ceux qui refusent une boisson alcoolisée étant stigmatisés, relève l’OMS.
Une cirrhose et deux cancers
« A 37 ans, j’ai commencé à vomir du sang le matin », raconte Alexandre Béhier. Un symptôme effrayant qui l’a conduit à l’hôpital, où les médecins lui ont appris qu’il était dans les premières phases d’une cirrhose du foie.
Cette maladie, souvent associée aux complications dues à l’alcool dans un phase plus avancée de la vie, frappe les jeunes personnes qui sont des adeptes du « binge drinking » – une consommation très forte, même si elle est épisodique. Alexandre a également fait face à deux cancers, du colon et du rectum, probablement liés à sa consommation d’alcool.
Un choix de carrière axé contre l’alcoolisme
« Au départ, l’idée d’arrêter me paraissait impossible », dit-il. Quelques semaines après avoir arrêté, il a ressenti une vraie transformation, comme s’il vivait pour la première fois. Il a aussi été soulagé de ses anxiétés et crises de panique.
Depuis, Alexandre Béhier a retourné cette expérience en choix de carrière. Après un diplôme en études sur l’alcool de l’Université Libre de Bruxelles (ULB), il travaille en tant que conseiller pour aider des personnes en lutte avec leur consommation d’alcool.
A travers l’Europe, des parcours comme celui d’Alexandre deviennent de plus en plus visibles. Des exemples puissants de personnes qui défient les normes sociales sur l’alcool et qui trouvent un sentiment de liberté, de contrôle et de clarté dans une vie sans alcool.
Comme l’Europe continue d’avoir les plus forts taux de consommation d’alcool au monde, son témoignage, comme d’autres, donne un aperçu des défis et des possibilités liées au choix de la sobriété, dans des environnements où boire est souvent encouragé, ou même attendu.
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