Climat : l’objectif de 1,5 °C de l’accord de Paris est caduc

L’objectif fixé en 2015 par l’Accord de Paris de limiter à 1,5 °C le réchauffement climatique d’ici 2100 est devenu caduc en l’espace d’une décennie, rappelle le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) dans son rapport 2026 sur les émissions.

« L’occasion de combler l’écart d’émissions pour respecter la limite de 1,5 °C — avec un dépassement nul ou limité — est désormais perdue », peut-on lire dans ce rapport intitulé « Point de retour ».

« Un dépassement du seuil de 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels est désormais imminent et inévitable. »

Nouvel objectif : ne pas dépasser 2 °C puis redescendre à 1,5 °C

« Chaque fraction de degré supplémentaire et chaque année additionnelle de réchauffement au-delà de 1,5 °C aggraveront les impacts climatiques, tels que les inondations meurtrières, les vagues de chaleur et les incendies de forêt qui ont frappé divers pays cette année », souligne Inger Andersen, la directrice du PNUE.

Des risques de bouleversements irréversibles deviennent de plus en plus réels, affectant les calottes glaciaires, le carbone stocké dans le pergélisol, la circulation océanique et les écosystèmes coralliens. 

L’urgence consiste à garantir que le réchauffement reste sous le seuil de 2 °C, afin de revenir à 1,5 °C d’ici la fin du siècle. « C’est la seule option qui reste », indique le rapport. 

émissions
© Maxim Tolchinskiy / Unsplash

Des plans climatiques très insuffisants 

Pour y parvenir, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) devraient être réduites de 18 % d’ici 2030, de 45 % d’ici 2035 et de 69 % d’ici 2040, par rapport aux niveaux de 2025. 

La trajectoire actuelle en est loin. Même en supposant que les annonces faites par les gouvernements (les contributions déterminées au niveau national ou CDN) soient pleinement mises en œuvre, les émissions ne seraient réduites que de 5 % à 8 % d’ici 2030 et de 11 % à 15 % d’ici 2035, par rapport aux niveaux de 2025. 

Les efforts à faire « représentent une baisse des émissions de près de 6 % chaque année, jusqu’en 2035, a rappelé le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres. 

Pourtant, les émissions se maintiennent à des niveaux records.

Par ailleurs, les plans climatiques nationaux et les politiques actuelles sont dangereusement insuffisants, laissant entrevoir un réchauffement de 2,6 à 2,8 degrés.

Mais nous disposons des outils nécessaires pour changer de cap – et nous éloigner du précipice. »

préserver la forêt
Stopper la déforestation et reboiser massivement, un passage obligé pour le climat. © Vlad Hilitanu / Unsplash

Comment y parvenir ? 

Le chef de l’ONU a énuméré les leviers d’action à portée de l’humanité. 

« L’écart en matière d’émissions est désormais un déficit de leadership, affirme António Guterres. Et le monde manque de temps — et d’excuses — pour le combler.

Les gouvernements doivent aller beaucoup plus loin et beaucoup plus vite.

Accélérer le déploiement des énergies propres et l’électrification dans tous les secteurs.

Adopter des feuilles de route crédibles pour sortir des combustibles fossiles, assorties d’échéanciers précis et de mesures de protection pour les travailleurs et les communautés concernés. Investir dans les réseaux et le stockage. Améliorer l’efficacité énergétique. Réduire les émissions de méthane. Stopper et inverser la déforestation. »

Quels objectifs chiffrés ? 

Le rapport indique que d’ici 2035, les énergies renouvelables devront tripler en capacité par rapport à 2025. L’abandon progressif des combustibles fossiles nécessite par ailleurs de réduire de 55 %, 15 % et 5 % les parts respectives du charbon, du pétrole et du gaz d’ici 2035 dans la production d’énergie. 

À l’horizon 2040, des réductions d’au moins 75 %, 30 % et 35 % seraient nécessaires.

Des opérations de retrait du CO2 de l’atmosphère, menées à grande échelle, seront aussi impératives pour revenir au seuil de 1,5 °C, voire en dessous. 

Le PNUE estime à 320 gigatonnes (soit huit fois les émissions de 2024) le volume de CO2 à retirer de l’atmosphère d’ici la fin du siècle. Par quel moyens ? Des solutions biologiques telles que le reboisement, et technologiques via la compression, la minéralisation et le stockage du CO2 sous terre. 

Sortir des énergies fossiles, étape par étape. © Zbynek Burival/Unsplash

 

Inverser la tendance reste possible  

Accélérer le mouvement reste possible, selon le PNUE, compte tenu des avancées importantes faites depuis 2015.

« Depuis l’adoption de l’Accord de Paris, la capacité mondiale en électricité d’origine renouvelable a progressé trois fois plus vite que prévu, souligne Inger Andersen, le déploiement de l’énergie solaire photovoltaïque connaissant, quant à lui, une croissance sept fois plus rapide. 

L’approvisionnement énergétique total issu du charbon et du pétrole a progressé moins rapidement que ce qui avait été projeté. » 

Les progrès réalisés demeurent insuffisants, notamment en ce qui concerne les combustibles fossiles et la déforestation. 

Parce que le climat ne connaît pas de frontières, limiter au maximum le dépassement de 1,5 °C exige d’agir « à l’échelle de l’économie tout entière et à l’échelle mondiale ».

 

LIENS UTILES 

COP 17, COP 31 : pourquoi deux COP ? 

40 ans d’alertes climat : on ne peut pas dire qu’on ne savait pas 

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