Une canicule, des incendies de forêts, des inondations… et tout à coup les changements climatiques reviennent à la Une des médias. Journalistes et politiques donnent souvent l’impression de découvrir l’ampleur de la catastrophe.
Pourtant ce n’est pas faute d’avoir alerté. Cette année, à la faveur de la série de vagues de chaleurs, on reprend les conclusions des scientifiques : l’Europe se réchauffe plus vite que le reste du monde. Et ça, on le sait depuis des années et depuis 2022, on sait qu’elle se réchauffe deux fois plus vite….
La croissance génère une pollution que la planète ne peut absorber
Depuis le début des années 70 avec le rapport Meadows, l’alerte est donnée sur l’impact de la croissance économique sur l’environnement. Même si à l’époque on s’inquiète de ne pas avoir assez de pétrole pour subvenir au besoin, le rapport indique que la croissance est à l’origine d’une très forte pollution et qu’il est probable que la planète ne puisse en absorber une quantité illimitée.
La décennie suivante sera celle de la création du plus grand groupe d’experts sur la question : le GIEC.
Le GIEC : producteur de rapports sur le climat depuis 1990
Deux agences de l’ONU créent en 1988 le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). L’Organisation météorologique mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) instaurent ce mécanisme scientifique permanent, mis en place bien avant que le sujet n’atteigne le grand public.
Le réchauffement est réel (1990)
Le GIEC a publié en 1990 un premier rapport d’évaluation reflétant les points de vue de 400 scientifiques. Il affirmait que le réchauffement de la planète était réel et demandait instamment un passage à l’action pour y remédier.
Déjà la communauté internationale jugeait que le risque climatique méritait une expertise mondiale dédiée.
La menace se précise, année après année
1995 : Première mention d’une « influence humaine discernable » sur le climat.
« Les scientifiques continuent de nous dire que les premiers signes du changement climatique sont déjà visibles et que si l’on ne règle pas ce problème, le développement durable sera hors d’atteinte », constate le Secrétaire général de l’ONU, Kofi Annan, dès 2005.
2007 : Le réchauffement est qualifié de « non équivoque », et pour l’essentiel lié aux gaz à effet de serre.

« Nous sommes la dernière génération qui peut ralentir le réchauffement mondial avant qu’il ne soit trop tard », déclare cette année-là le chef de l’ONU, Ban Ki-moon.
2018 : Le GIEC publie un rapport détaillé sur les conséquences d’une augmentation des températures de 1,5 degrés
2022 : Un rapport qui traite des impacts, de l’adaptation et de la vulnérabilité, parle de « dommages irréversibles ».
Le rapport de 2022 est « un recueil de la souffrance humaine et une accusation accablante envers l’échec des dirigeants dans la lutte contre les changements climatiques », déclare alors le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres.
Il dénonce une « abdication criminelle » des gouvernants.
Il est pour lui grand temps de désigner les coupables et de « sonner le glas » du charbon et des énergies fossiles.
« Vous nous avez parlé pendant plus de trois décennies des dangers de laisser la planète se réchauffer. Le monde a écouté, mais n’a pas entendu », renchérit la directrice exécutive d’ONU Environnement, Inger Andersen, lors de la présentation du rapport.
Plus de 30 ans de sommets sur la question climatique
Pendant que les scientifiques alertent, l’appareil diplomatique de l’ONU avance.
1992 : Le Sommet de la Terre à Rio aboutit à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC, appelée aujourd’hui ONU Climat), entrée en vigueur en 1994. ONU Climat organise depuis les COP.
1997 : Le Protocole de Kyoto fixe de premiers engagements chiffrés de réduction des émissions de gaz à effet serre pour les pays industrialisés.
2015 : L’Accord de Paris est le premier à définir un objectif pour tous : limiter le réchauffement à moins de 2 °C, si possible moins de 1,5 °C, d’ici la fin de ce siècle par rapport au début de l’ère industrielle.
Manque de volonté politique
Que ce soit Kofi Annan, puis Ban Ki-moon et enfin António Guterres, tous les Secrétaires généraux des Nations Unies ont dénoncé le manque de volonté politique et souligné la nécessité d’agir rapidement dans le cadre d’engagements internationaux.
Avant eux, en 1995, Boutros Boutros Ghali avait prédit dans une tribune que toutes ces questions se posent désormais à l’échelle planétaire et ne peuvent que très partiellement être appréhendées à l’échelle de l’État-nation.
Quelques années après l’espoir suscité par l’Accord de Paris, ONU Climat publiait en 2021 un rapport de synthèse confirmant que les efforts globaux étaient largement insuffisants.
Les Nations Unies avaient alors alerté sur le fait que la somme des engagements nous dirigeait vers une hausse d’environ +2,7 °C par rapport à l’ère préindustrielle, s’éloignant dangereusement des seuils fixés par l’Accord de Paris.
« L’humanité a le choix : coopérer ou périr. Il s’agit soit d’un pacte de solidarité climatique, soit d’un pacte de suicide collectif », a déclaré le chef de l’ONU en novembre 2022 lors de la COP27 à Charm-el-Cheikh, en Egypte.
Rappelant que la planète approchait rapidement de points de rupture pouvant rendre le « chaos climatique » irréversible, le chef de l’ONU a ajouté « nous sommes sur une autoroute vers l’enfer climatique avec le pied sur l’accélérateur ».
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