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COVID-19 : un expert de l’ONU appelle à une Europe plus sociale

A l’approche du second sommet social européen, le Sommet social de Porto, Olivier De Schutter, Rapporteur spécial de l’ONU sur les droits de l’homme et l’extrême pauvreté, alerte l’Union européenne (UE) sur son manque d’ambition en matière sociale et réclame une réponse plus forte à la crise actuelle.

« Les effets dévastateurs de la pandémie de COVID-19 nous rappellent cruellement que l’Union européenne doit faire passer les vies humaines avant la course à la concurrence économique », a-t-il déclaré, affirmant la volonté d’engagements sociaux plus fermes pris par les 27 États membres.

Le Sommet social de Porto, prévu ce vendredi, doit adopter le Plan d’action sur le socle européen des droits sociaux, le programme phare de l’Union européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale pour la prochaine décennie. Ce Plan d’action engage l’UE à réduire le nombre de personnes menacées de pauvreté et d’exclusion sociale de 15 millions d’ici à 2030, dont au moins 5 millions d’enfants.

Un plan qui manque d’ambition

« Avec plus de 90 millions de personnes et près de 20 millions d’enfants menacés de pauvreté ou d’exclusion sociale dans l’Union, ce nouvel objectif manque clairement d’ambition. Nous sommes loin de la promesse de « zéro pauvreté » du premier Objectif de développement durable », a déclaré l’expert de l’ONU.

« De surcroît, rien ne contraint les États membres de l’UE à respecter ces nouveaux engagements et aucun mécanisme ne permet d’obliger les gouvernements à rendre des comptes. L’UE doit demander aux États membres qu’ils élaborent des plans nationaux réalistes, transparents et responsables pour atteindre ces nouveaux objectifs. »

Olivier De Schutter met également en garde sur la nécessité d’aller au-delà des réponses immédiates : « L’UE a réagi rapidement à la pandémie de COVID-19 en suspendant les règles budgétaires pour permettre aux États membres de dépenser au-delà des plafonds fixés par les traités, en accordant des milliards d’euros de prêts et de subventions dans le cadre de la facilité sur la relance et la résilience et les autres instruments de NextGenerationEU, et en faisant des propositions prometteuses en matière de droits des enfants et d’égalité des genres. Mais si l’Europe veut aller au-delà de ces réponses immédiates à la crise et renforcer véritablement la résilience sociale, cela demeure insuffisant. »

Un bilan social alarmant

Près de 20,9 % de la population et 22,5 % des enfants sont à risque de pauvreté et d’exclusion sociale dans l’Union. On estime que 700 000 personnes dorment à la rue chaque nuit et que 30,1 % des personnes handicapées sont menacées de pauvreté ou d’exclusion sociale en Europe.

De plus, 20,5 millions de travailleurs vivent dans la pauvreté bien qu’ils aient un emploi « en raison de l’augmentation des formes de travail atypiques et parce que les salaires sont simplement trop bas » affirme le rapporteur. Une situation provoquée par « une course institutionnalisée vers le bas parmi les États membres » qui entraine une baisse des salaires et de la protection des travailleurs au profit de la compétitivité. « L’Union européenne doit s’attaquer à cette concurrence néfaste dans ses efforts de lutte contre la pauvreté et pour la protection des droits sociaux » souligne-t-il.

Une réalité inacceptable pour l’expert de l’ONU pour qui « il s’agit maintenant de s’assurer que les mesures prises pour réduire la pauvreté dans le contexte de la pandémie actuelle ne soient pas anéanties par des politiques économiques myopes qui donnent la priorité à la concurrence sociale et fiscale et qui imposent une stricte discipline budgétaire ».

Une nécessaire réforme de la politique économique européenne

L’Europe est victime selon l’expert de ses politiques sociales successives depuis 2009 qui ont mené les États membres à réduire toujours davantage leurs investissements en matière de protection sociale, de santé et d’éducation. Des politiques qui ont causé une impréparation, ne proposant pas un système assez solide pour affronter la crise actuelle. « Jusqu’il y a peu, l’UE recommandait encore des coupes sombres dans les budgets sociaux au nom de l’orthodoxie budgétaire » explique-t-il.

Si ces règles ont été assouplies, De Schutter craint « que les pays qui décident aujourd’hui d’augmenter leurs investissements sociaux grâce aux nouveaux plans de relance soient punis par la suite, quand les règles sur les déficits maximums seront rétablies. Ce serait une défaite pour les droits sociaux ».

Il est donc nécessaire selon lui que l’Union européenne se saisisse de la crise du COVID-19 « pour repenser ses règles économiques fondamentales. Le Sommet social de Porto et la Déclaration à venir sont une occasion unique de générer un large consensus pour une stratégie de lutte contre la pauvreté à l’échelle de l’UE qui renforce les services publics, combat le sans-abrisme, s’attaque à la pauvreté au travail et instaure plus de justice fiscale. »

 

 

 

 

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