ActualitésPourquoi faut-il s'inquiéter du méthane ?

Pourquoi faut-il s’inquiéter du méthane ?

La prochaine bataille de la lutte contre le réchauffement climatique doit être celle contre le méthane, a indiqué le Secrétaire général de l’ONU, lors d’un discours prononcé le 23 juin à Londres, à l’occasion de “la Semaine de l’action pour le climat”. Pourquoi le méthane ? Quelques explications.

Un puissant gaz à effet de serre

Le méthane est un puissant gaz à effet de serre et la deuxième cause du réchauffement climatique, après le dioxyde de carbone (CO2). Il est responsable d’environ un tiers du réchauffement depuis l’ère préindustrielle. 

Les concentrations de ce gaz dans l’atmosphère sont aujourd’hui plus de deux fois et demie supérieure à ce qu’elles étaient avant l’ère industrielle notamment à cause des activités humaines.

Tandis que le CO2 reste dans l’atmosphère une centaine d’années, le méthane ne s’y maintient qu’une douzaine d’années. Mais son impact immédiat sur le climat reste dévastateur. 

Sur une période de 20 ans, le méthane retient jusqu’à 86 fois plus de chaleur que le CO2. 

Le méthane est le principal responsable de l’ozone troposphérique, un puissant gaz à effet de serre et un polluant atmosphérique nocif. Son inhalation est notamment responsable de près d’un million de décès prématurés chaque année dans le monde.

D’où vient le méthane ?

Le méthane provient à la fois de processus naturels, environ 40% des émissions mondiales, et des activités humaines, environ 60%. Les principales sources naturelles sont les milieux humides, les plans d’eau et la digestion des animaux herbivores (termites, ruminants).

La plupart des émissions de méthane d’origine humaine proviennent de trois secteurs : l’agriculture, principalement liée au bétail (40%), les combustibles fossiles, tels que le traitement du pétrole et du gaz (35%), et les décharges  (20%).

Dégel du permafrost : un risque accru pour le climat

Le permafrost (ou pergélisol) est un sol gelé en permanence depuis au moins deux ans, couvrant un quart de l’hémisphère nord, y compris dans les régions sans neige. Il s’agit d’un mélange gelé de terre, de roches, de glace et de matière organique, qui contient environ deux fois plus de carbone qu’il n’y en a actuellement sur Terre.

Le dégel du permafrost émet principalement du CO2 mais libère du méthane s’il fond en milieu humide. Il entraînera une augmentation des gaz à effet de serre équivalente à celle d’un grand pays, selon l’ampleur du réchauffement de la planète.

Pour le Programme des Nations Unies pour l’Environnement, le dégel du pergélisol est l’un des 10 principaux problèmes émergents préoccupants pour l’environnement.

Un engagement mondial pour limiter les émissions de méthane

A Paris en 2015, lors de la COP21, les pays participants se sont engagés à réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de maintenir d’ici à la fin du siècle la hausse des températures en dessous de 1,5 degrés, comparé au début de l’ère industrielle. Les 1,5 degrés pourraient être atteints dès 2030, selon les dernières prévisions.

Lors de la COP26 en 2021, plus de 100 pays ont signé un engagement mondial, le Global Methane Pledge, visant à réduire les émissions de méthane de 30% d’ici 2030.

Toutefois, l’Agence internationale de l’énergie note que les émissions de méthane liées à la production d’énergie fossile n’ont pas diminué de façon notable en 2025. Cette année a été marquée par une production record de pétrole, de gaz et de charbon au niveau mondial.

Pourtant la diminution des émissions de méthane pourrait avoir un effet rapide sur l’effet de serre et limiter la hausse des températures en quelques décennies. 

Selon l’ONU, une réduction rapide des émissions de méthane liées aux énergies fossiles pourrait éviter jusqu’à 0,1°C de réchauffement d’ici 2050, soit l’équivalent de la disparition immédiate de toutes les voitures et camions du monde.

Afin de limiter le réchauffement à 1,5°C d’ici 2030, la moitié des efforts de réduction devra porter sur les émissions de méthane issues des énergies fossiles.

Système MARS : détecter les fuites de méthane depuis l’espace

En 2022, le Programme des Nations Unies pour l’environnement a lancé MARS, un système de surveillance par satellite qui détecte les fuites de méthane dans l’industrie pétrolière et gazière. Cette technologie permet d’identifier et d’agir rapidement sur des fuites autrement invisibles et inodores.

Depuis son lancement, le système a envoyé plus de 3 500 alertes dans 33 pays. Si la part des alertes ayant mené à une action concrète est passée de 1% à 12% en un an, près de 90% des alertes MARS sont toujours ignorées.

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