Honduras : un pays qui se vide de ses habitants

La violence généralisée liée au trafic de drogue, la corruption, la pauvreté et les catastrophes provoquées par des ouragans et tempêtes tropicales font fuir les Honduriens, déplacés dans leur pays, ou réfugiés à l’étranger.

Environ 4,5% de la population (424 000 personnes) est déplacée à l’intérieur du pays, et 132 000 Honduriens sont enregistrés en tant que réfugiés, notamment aux États Unis et au Mexique, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux réfugiés (HCR).

Le Honduras, même s’il est une terre de transit pour les migrants venus du Venezuela, de Cuba, de l’Équateur et de Haïti, perd chaque année quelque 4 700 habitants, et a une solde migratoire négatif, selon la Banque mondiale.

Le Conseil norvégien pour les réfugiés considère la crise au Honduras comme l’une des dix les plus négligées au monde.

Drogue, gangs et violence

Le Honduras est gangrené par le trafic de cocaïne. De plaque tournante du trafic des cartels colombiens et mexicains vers les États-Unis, le pays est devenu ces dix dernières années un producteur de coca et de drogues de synthèse, indique l’ONUDC.

Deux « méga-gangs » de rue rivaux liés au trafic, le MS-13 (Mara Salvatrucha) et Barrio 18, contrôlent des quartiers entiers, rackettent des commerces, recrutent de force des jeunes et des enfants et menacent des familles. Beaucoup de personnes fuient après avoir reçu des menaces de mort ou refusé de payer des rançons.

Le HCR décrit le Honduras comme un pays confronté à « la violence, le crime organisé, l’extorsion, les violations des droits humains et la violence sexiste ».

Les femmes, les enfants, les personnes LGBTQI+, les journalistes et les militants sont particulièrement vulnérables. Le Honduras affiche l’un des taux de meurtres et de féminicides les plus élevés d’Amérique latine.

Pauvreté structurelle et ouragans

C’est aussi l’un des pays les plus pauvres de la région. Une part de 60,1% de la population vit sous le seuil de pauvreté national en 2025, et 18,8% vivaient avec moins de 3 dollars par jour en 2019 selon la Banque mondiale. Le chômage élevé, les inégalités et les services publics limités empêchent de nombreuses familles de survivre en sécurité.

La population est confrontée à une combinaison de menaces : la violence, le manque de travail, des logements inadéquats et l’insécurité alimentaire. La migration apparaît alors comme la seule option.

Dans un abri pour migrants soutenu par l’OIM, Fundación Alivio del Sufrimiento (FAS), à El Paraíso. © OIM/Sonia Lagos

De plus, le Honduras est extrêmement vulnérable aux ouragans, aux inondations et glissements de terrain. Les chocs climatiques détruisent régulièrement les habitations, les récoltes et les infrastructures. Les ouragans Eta et Iota de 2020, survenus à deux semaines d’intervalle, ont touché plus de 4 millions de personnes et déplacé des milliers de résidents.

Déploiement de l’armée et état d’exception

De nombreux Honduriens ne font pas confiance à la police ni au système judiciaire pour assurer leur protection. La corruption, l’impunité et la présence limitée de l’État permettent aux groupes criminels d’opérer librement dans certaines régions reculées.

La réponse du gouvernement hondurien face au crime organisé et à la violence des gangs repose sur un état d’exception, en vigueur depuis décembre 2022 et régulièrement prolongé. La police militaire intervient dans les prisons depuis 2023.

Cette stratégie facilite les arrestations sans mandat et le déploiement massif de l’armée dans les zones à haut risque, ce qui entraîne de nouvelles violations des droits humains. Des cas de disparitions forcées, d’exécutions extrajudiciaires et de torture sont examinés par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH).

La réponse de l’ONU

Le HCR prévoit une augmentation du nombre de personnes déplacées à l’intérieur du pays en raison de la persistance des facteurs à l’origine des déplacements forcés, malgré les progrès réalisés en matière de mécanismes de protection juridique.

L’ONU répond à la crise des déplacements au Honduras par l’intermédiaire d’agences telles que le HCR, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD).

Un programme lancé en 2024, dénommé SALIENT, prévient la violence en cherchant à donner des opportunités aux jeunes éloignées du crime. © PNUD Honduras

Le HCR fournit des abris, une assistance juridique, une aide financière d’urgence, un soutien psychosocial et des services de protection aux personnes déplacées à l’intérieur du pays (PDI), aux réfugiés, aux demandeurs d’asile et aux rapatriés. Une attention particulière est accordée aux femmes, aux enfants, aux personnes LGBTQI+ et aux communautés autochtones.

L’ONU a soutenu la loi hondurienne de décembre 2022 sur la prévention, la prise en charge et la protection des personnes déplacées à l’intérieur du pays, considérée comme une réforme historique. Le HCR aide le gouvernement à la mettre en œuvre.

Le PNUD, l’OIM et le HCR collaborent à la mise en place de solutions à long terme, telles que le renforcement des institutions locales, l’amélioration de la sécurité des communautés, le soutien aux moyens de subsistance et à l’éducation, la prévention du recrutement par les gangs et l’aide à la réintégration en toute sécurité des familles déplacées.

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