L’Afghanistan à un tournant décisif

Le Représentant spécial adjoint des Nations Unies, Coordonnateur résident et Coordonnateur de l’action humanitaire pour l’Afghanistan, Indrika Ratwatte, a rencontré des femmes et des enfants dans la province de Baghlan qui ont été déplacés après avoir perdu leur maison à cause des inondations soudaines, une manifestation croissante des menaces grandissantes posées par le changement climatique en Afghanistan.
Le Représentant spécial adjoint des Nations Unies, Coordonnateur résident et Coordonnateur de l’action humanitaire pour l’Afghanistan, Indrika Ratwatte, a rencontré des femmes et des enfants dans la province de Baghlan qui ont été déplacés après avoir perdu leur maison à cause des inondations soudaines, une manifestation croissante des menaces grandissantes posées par le changement climatique en Afghanistan. ©Abel Kavanagh/UNAMA

On estime que 23 millions d’Afghans, soit plus de la moitié de la population, ont aujourd’hui besoin d’une aide vitale. Des décennies de conflit, l’effondrement économique, les crises climatiques et la défaillance des services de base ont plongé le pays dans une crise profonde. Les restrictions imposées par les talibans, en particulier en matière de droits des femmes, ont considérablement aggravé la situation. 

Cette crise humanitaire a été au cœur des discussions à Bruxelles lors de la réunion des hauts fonctionnaires de l’UE sur l’Afghanistan (16-17 juin), où le Représentant spécial adjoint des Nations Unies, Coordonnateur résident et Coordonnateur de l’action humanitaire pour l’Afghanistan, Indrika Ratwatte, a exhorté la communauté internationale à apporter son soutien. 

Réduction de l’aide, augmentation des besoins

Au cours des derniers mois, les flux d’aide internationale ont considérablement ralenti. En Afghanistan, cela a entraîné la fermeture de plus de 400 cliniques de santé et 400 centres de traitement contre la malnutrition aiguë, ainsi qu’environ 300 cliniques pour les victimes de violences basées sur le genre. 

« Cette réduction drastique de l’aide a déjà un impact sur la vie des Afghans : des personnes en meurent », a averti M. Ratwatte. « Nous sommes désormais contraints de donner la priorité aux plus vulnérables parmi les vulnérables. » 

« Cela a également des répercussions sur les investissements réalisés. Le retour sur investissement des ressources consacrées jusqu’à présent à renforcer la résilience des communautés va être compromis, et nous assisterons à un recul des progrès que nous avons accomplis », a déclaré le haut responsable de l’ONU pour l’Afghanistan. 

Une urgence climatique et de développement  

L’Afghanistan est le sixième pays le plus touché au monde par le changement climatique, souffrant de sécheresses et d’inondations répétées. Avec 70 % de sa population dépendant de l’agriculture, la pénurie d’eau est dévastatrice. « Dans les villages reculés, les enfants marchent des kilomètres chaque jour pour aller chercher de l’eau, un temps qu’ils devraient passer à l’école », a fait remarquer M. Ratwatte.  

L’ONU insiste sur la nécessité de passer de l’aide d’urgence à la résilience à long terme, en aidant les agriculteurs avec des semences et des systèmes d’irrigation, en rétablissant les systèmes de santé et en investissant dans l’éducation, en particulier pour les filles à qui l’accès à l’école est interdit. 

Un enfant afghan. On estime que 23 millions de personnes en Afghanistan, soit plus de la moitié de la population, ont aujourd'hui besoin d'une aide vitale.
UN Photo : Aashiqullah Mandozai/UNAMA

Les jeunes et les rapatriés en situation de vulnérabilité

Environ un million d’Afghans sont revenus d’Iran et du Pakistan l’année dernière, arrivant dans des communautés déjà sous pression. 

« Si l’on examine les données démographiques, 70 % des rapatriés sont des jeunes. Il s’agit souvent de jeunes hommes qui, en l’absence d’opportunités ou d’espoir, sont plus enclins à la radicalisation, ce qui constitue également un sujet de préoccupation », a poursuivi M. Ratwatte. 

Les femmes afghanes continuent de montrer l’exemple 

La situation des femmes et des filles afghanes reste désastreuse. Les filles n’ont pas accès à l’enseignement secondaire et supérieur, et les femmes sont soumises à de sévères restrictions en matière d’emploi et de mobilité. Pourtant, les femmes afghanes continuent de montrer l’exemple, de s’adapter et d’innover partout où elles le peuvent.  

Le nombre de petites et moyennes entreprises dirigées par des femmes est passé de 2 400 en 2021 à plus de 10 000 aujourd’hui, malgré d’énormes défis. Ces femmes produisent des tapis, des fruits secs, des textiles et bien d’autres choses encore, mais elles sont confrontées à d’immenses obstacles pour accéder au financement, à la formation et aux marchés. L’ONU et ses partenaires soutiennent leurs efforts, par exemple par le biais de formations commerciales et de la facilitation de l’accès aux marchés. 

Le rôle de l’UE

L’UE est aujourd’hui le plus grand donateur de l’Afghanistan et l’un des rares acteurs internationaux présents sur le terrain. « Cette présence confère à l’UE une crédibilité, un accès direct aux Afghans et à l’ONU, ainsi que la possibilité de dialoguer avec les autorités », a déclaré M. Ratwatte.  

Il a exhorté l’UE à protéger le financement humanitaire et à maintenir son soutien aux investissements essentiels dans les domaines de la santé, des systèmes alimentaires et de l’éducation, en particulier face à des crises mondiales concurrentes.  

Ratwatte a mentionné que « sans cela, le pays risque de sombrer davantage dans la vulnérabilité, ce qui entraînerait une augmentation de l’émigration, la menace du terrorisme et la croissance des économies illicites telles que le trafic de stupéfiants. »

Indrika Ratwatte dans les bureaux de l'UNRIC à Bruxelles.
Indrika Ratwatte – © UNRIC

Un tournant  

Dans le canton de Sadaat, province de Herat, M. Ratwatte s'est entretenu avec Ezatullah, dont la famille bénéficie désormais du nouveau réseau d'eau potable, qui améliore la santé et les conditions de vie quotidiennes dans la région.
Dans le canton de Sadaat, province de Herat, M. Ratwatte s’est entretenu avec Ezatullah, dont la famille bénéficie désormais du nouveau réseau d’eau potable, qui améliore la santé et les conditions de vie quotidiennes dans la région. © Abel Kavanagh/UNAMA

L’ONU continue de faciliter le dialogue politique axé sur les droits de l’homme, la gouvernance inclusive et la lutte contre le terrorisme, comme l’indique la résolution 2721 du Conseil de sécurité. Mais les progrès sont lents et dépendent d’un engagement soutenu.

Les choix que fera la communauté internationale au cours des prochains mois, en particulier les acteurs influents comme l’UE, détermineront la trajectoire à long terme du pays.  

« Malgré les nombreux défis », a conclu M. Ratwatte, « un réseau engagé de partenaires nationaux, d’organisations internationales et de la famille des Nations Unies continue d’atteindre les communautés à travers l’Afghanistan, y compris les femmes et les filles. Nous pouvons aujourd’hui accéder à n’importe quel endroit en Afghanistan et restons déterminés à soutenir ceux qui en ont le plus besoin. » 

En savoir plus :

Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) 

Afghanistan : l’ONU plaide pour le maintien de l’aide humanitaire 

L’ONU engagée auprès des populations afghanes