UE : recommandations du HCR en matière d’asile  

Alors que les déplacements forcés demeurent élevés à l’échelle mondiale, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) appelle les présidences chypriote et irlandaise du Conseil de l’Union européenne à renforcer le leadership de l’UE dans l’amélioration des solutions destinées aux personnes déplacées de force.

Le Pacte européen sur la migration et l’asile va entrer en vigueur en juin 2026. Les mois à venir seront donc décisifs pour garantir une mise en œuvre équitable et cohérente. Il s’agit d’assurer un accès effectif à l’asile pour les personnes qui en ont besoin.

Lors d’un événement conjoint UE-HCR organisé le 15 janvier à Bruxelles à l’occasion des premières semaines de la présidence chypriote, le HCR a exhorté les présidences chypriote et irlandaise (cette dernière débutant en juillet 2026) à défendre une application fondée sur les principes du système d’asile réformé de l’UE et à renforcer l’engagement de l’UE le long des principales routes de déplacement.

« Devenir réfugié n’est jamais un choix » 

Cet événement a donné lieu à un échange ouvert entre le HCR, des représentants de Chypre et de l’Irlande, ainsi que du Service européen pour l’action extérieure (SEAE). Tous les intervenants ont souligné l’importance du multilatéralisme, aujourd’hui mis à l’épreuve, en citant le Pacte européen sur la migration et l’asile comme un exemple concret de ce que la négociation permet d’atteindre.

« Comme le rappelle notre Secrétaire général des Nations Unies – et ancien Haut-Commissaire pour les réfugiés –, devenir réfugié n’est jamais un choix », a déclaré Sherri Aldis, directrice du Centre régional d’information des Nations Unies (UNRIC) pour l’Europe occidentale, lors de l’ouverture de l’événement. « En revanche, la manière dont nous répondons l’est. Choisissons donc la solidarité. Choisissons le courage. Choisissons l’humanité. »

« Ces valeurs sont profondément ancrées dans l’UE, malgré la montée de la xénophobie et l’instrumentalisation politique des questions migratoires. L’Europe demeure l’un des principaux territoires d’accueil des personnes déplacées de force et apatrides, avec plus de 20 millions de personnes à la fin de l’année 2025, dont 5,2 millions de réfugiés ukrainiens. Ces mêmes valeurs sont défendues chaque jour par le HCR, qui intervient dans plus de 130 pays pour soutenir plus de 139 millions de personnes fuyant les conflits, les persécutions ou la guerre.

Nous faisons face, collectivement, à de forts vents contraires, marqués par des risques persistants en matière de protection, de fortes contraintes financières et une montée du sentiment hostile aux réfugiés dans de nombreux pays. »

La mise en œuvre du Pacte européen sur la migration et l’asile

« Le moment est venu de démontrer que la mise en œuvre du Pacte, combinée à un engagement actif le long des principales routes de déplacement et de migration, peut permettre de bâtir des systèmes d’asile solides, de garantir les droits fondamentaux et d’assurer une gestion ordonnée des frontières », a déclaré Jean-Nicolas Beuze, représentant du HCR auprès de l’UE.

Le HCR a appelé les présidences à veiller à ce que les nouvelles règles soient appliquées de manière cohérente dans l’ensemble des États membres, en s’appuyant sur des garanties solides, des procédures d’asile de qualité et des conditions d’accueil conformes aux normes en vigueur. Une mise en œuvre efficace contribuera à réduire la pression aux frontières, à résorber les arriérés et à permettre aux réfugiés de contribuer plus rapidement et positivement aux sociétés d’accueil.

Malgré une baisse récente des arrivées irrégulières dans l’UE, de nombreuses personnes continuent d’entreprendre des parcours dangereux vers l’Europe, s’exposant aux abus des réseaux de trafic ou à des conditions mettant leur vie en péril, en mer comme dans les zones désertiques. Il est essentiel de renforcer les capacités de recherche et de sauvetage et de garantir des débarquements prévisibles, tout en aidant les personnes à accéder à la protection et à l’assistance plus près de leur lieu d’origine, afin de limiter le recours à des trajets périlleux.

« Nous comptons sur le leadership de Chypre et de l’Irlande pour s’appuyer sur les valeurs et les normes européennes et démontrer qu’il existe une approche européenne de la protection des personnes fuyant la guerre et les persécutions – non seulement en Europe, mais tout au long de leur parcours vers la sécurité », a ajouté M. Beuze.

Recommandations du HCR concernant l’Ukraine et la Syrie 

Sur les déplacements de population en provenance d’Ukraine, le HCR a encouragé les présidences à collaborer avec les États membres afin de continuer à fournir une protection temporaire, tout en élaborant tout en élaborant des voies de transition vers d’autres dispositifs durables.

En Syrie, l’UE et la communauté internationale doivent renforcer leur soutien au relèvement rapide et à la reconstruction afin de créer les conditions d’un retour sûr, volontaire et durable.

Préserver le multilatéralisme et le financement

L’avenir de l’aide internationale s’avérant incertain, l’UE doit démontrer son engagement en fournissant des ressources durables et prévisibles, qu’il s’agisse d’aide humanitaire immédiate ou d’interventions à long terme en faveur du développement.

Les partenariats stratégiques avec les pays tiers sont essentiels pour favoriser la stabilité et jeter les bases d’une coopération future, d’autant plus que l’Europe est touchée par les crises en Ukraine, en Syrie, en Afghanistan, au Sahel et au Soudan.

Pour le HCR, le Pacte pour la Méditerranée devrait être une priorité, en veillant à ce que les partenariats avec les pays situés le long de ces routes placent la protection au cœur de leur action, intègrent des garanties en matière de droits humains, des mécanismes de suivi efficaces et assurent l’accès à l’asile, tout en développant des alternatives sûres et légales.

Compte tenu de leurs besoins démographiques et économiques, le HCR a souligné que les États membres devraient faciliter l’accès des réfugiés à l’emploi et à l’éducation dans l’UE, et envisager des voies d’accès pour les personnes en situation de vulnérabilité, qui sont souvent tout aussi qualifiées et compétentes.

Le HCR s’est félicité de l’augmentation significative du soutien de l’UE en faveur des personnes déplacées de force en 2025 et a exhorté les présidences à capitaliser sur cette dynamique pour l’étendre davantage, notamment par l’allocation d’un budget dédié et substantiel dans le prochain cadre financier pluriannuel. La poursuite des investissements est indispensable pour s’attaquer aux causes profondes des déplacements et renforcer les solutions le long des principales routes, en soutenant les pays et communautés d’accueil et de transit, en particulier dans les régions fragiles.

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