Il y a 25 ans, lorsque l’entrepreneur islandais Ómar Antonsson s’est rendu pour la première fois aux États-Unis, juste après les attentats du 11 septembre 2001, il a été accueilli avec méfiance à la frontière.
« Sur mon passeport, ils ont tiqué sur mon prénom et quand ils m’ont demandé le but de ma visite, je leur ai répondu en toute sincérité que je venais vendre du sable en Arizona », raconte M. Antonsson lors d’un entretien avec UNRIC. L’Arizona est connu pour abriter le désert de Sonora, le plus grand d’Amérique du Nord.
Ómar n’est pas un prénom exclusivement arabe, et les États arabes ne sont pas non plus les seuls au monde à détenir d’abondantes quantités de sable.
L’Islande est en effet tout aussi riche en sable qu’en glace, et plus sablonneuse que certains pays d’Afrique du Nord ou du Golfe. La roche sédimentaire qui donne le sable recouvre environ 21 % à 22 % de la surface de l’île, soit 22 000 kilomètres carrés, tandis que la glace n’en recouvre que 10 % à 11 %.
Tous les sables ne se valent pas
Cependant, ce sable est très différent du sable brun clair du Sahara ou du sable rouge, orange et brun d’Amérique du Nord. « Le sable des déserts, y compris celui de l’Arizona, est très fin, presque de la poussière. Il n’est même pas adapté à la fabrication du béton. Il ne sert qu’à vous remplir les yeux et les oreilles », explique Antonsson.
C’est pourquoi les centaines de milliers de kilomètres cubes de sable du Sahara ne sont d’aucune utilité pour le secteur mondial de la construction. La matière première doit être recherchée ailleurs. Par conséquent, la quantité de sable disponible dans le monde est bien plus faible qu’on ne le pense.
Les grains de sable exportés par Ómar Antonsson mesurent entre 1 et 7 millimètres. Ce « sable perlé », comme on l’appelle, est très prisé pour la construction de piscines en Amérique du Nord ; il est largement utilisé pour les revêtements de sol et les allées ailleurs dans le monde, et sert d’élément décoratif dans certains jardins européens.
Le sable, deuxième ressource après l’eau
Le sable est extrait pour répondre à divers besoins en infrastructures. Il est la deuxième ressource la plus utilisée au monde après l’eau.
La forte hausse de la demande, alimentée par la croissance démographique, économique, l’urbanisation et le développement des infrastructures, dépasse une offre susceptible d’être durable.
Le secteur de la construction consomme une grande partie de cette ressource minérale. Le sable sert aussi, entre autres, à la production de verre et de puces électroniques.
Un déficit de sable
Il a fallu des centaines de milliers d’années à la nature pour produire du sable par le biais de processus d’érosion géologique progressifs. Or, le monde utilise du sable à un rythme vertigineux de 50 milliards de tonnes par an – l’équivalent d’un mur de 35 mètres de hauteur et 35 mètres de largeur tout le long de l’équateur, indique le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE)
À eux seuls, les besoins du secteur de la construction devraient augmenter de près de 45 % d’ici 2060. « Nous l’extrayons plus vite qu’il ne se renouvelle : c’est ce qu’on appelle le déficit en sable », indique le PNUE.
En 2024, la Chine a utilisé 14 milliards de tonnes de sable et de gravier destinés à la construction. Depuis 2000, la demande en sable en Inde a triplé. La valeur du marché mondial est estimée entre au moins 100 et près de 800 milliards de dollars.
La « mafia» du sable prospère, l’ONU réagit
Sur les 50 milliards de tonnes extraites, seules 15 milliards le sont légalement, selon les rapports. Les « mafias du sable » en Inde, par exemple, menacent les communautés locales et leurs moyens de subsistance, ainsi que l’environnement, selon le PNUE.
C’est pourquoi les organisations internationales ont été contraintes de réagir. L’Union européenne (UE) s’est fixée pour objectif de recycler 70 % de ses déchets de construction et de démolition.
Le PNUE a lancé en 2023 la plateforme « Marine Sand Watch », qui analyse les mouvements des navires de dragage dans les milieux marins du monde entier. L’objectif est de permettre aux pays de vérifier auprès des Nations Unies si ces navires opèrent en toute légalité.
À ce jour, la nouvelle plateforme est en passe de contrôler jusqu’à 60 % de l’ensemble des navires de dragage à l’échelle mondiale.
Le récent rapport du PNUE appelle les gouvernements et le secteur privé à reconnaître la valeur essentielle du sable pour le développement et la nature, et à intégrer pleinement les considérations relatives à la biodiversité dans sa gouvernance.
Une question de protection de l’environnement
À ce jour, la nouvelle plateforme est en passe de contrôler jusqu’à 60 % de l’ensemble des navires de dragage à l’échelle mondiale.
Le récent rapport du PNUE appelle les gouvernements et le secteur privé à reconnaître la valeur essentielle du sable pour le développement et la nature, et à intégrer pleinement les considérations relatives à la biodiversité dans sa gouvernance.
Le sable fournit également des habitats essentiels aux poissons, aux tortues, aux oiseaux, aux crabes et à d’innombrables autres espèces, favorisant ainsi la biodiversité et préservant l’équilibre écologique.
Près de la moitié des entreprises de dragage opèrent au sein d’aires marines protégées, ce qui représente 15 % du volume dragué.
« Le sable constitue notre première ligne de défense contre l’élévation du niveau de la mer, les ondes de tempête et la salinisation des aquifères côtiers – autant de risques exacerbés par le changement climatique », a déclaré le PNUE.
Les dégâts environnementaux causés aux littoraux, avec des plages rayées de la carte par les marchands de sable, notamment en Afrique et en Inde, constituent un avertissement pour le reste du monde.
LIENS UTILES
Notre utilisation du sable nous met le dos au mur, avertit le PNUE
