Renforcer le multilatéralisme, un objectif pour la Belgique

Des experts de la société civile, des diplomates et des dirigeants politiques ont appelé à une réforme du système des Nations Unies, à un renforcement de la coopération mondiale et à un engagement renouvelé en faveur de valeurs universelles afin de faire face à une ère de crises mondiales multiples, dites « polycrises ».  

C’est ce qui est ressorti de la table ronde intitulée « La coopération internationale à l’ère des polycrises : comment s’adapter aux défis actuels », organisée par le Centre régional d’information des Nations Unies et le ministère belge des Affaires étrangères, qui s’est tenue le 10 juin 2025 à Bruxelles. 

Des représentants de la Belgique et de l’ONU ont souligné que les crises actuelles, qui vont du changement climatique et des conflits géopolitiques à l’instabilité économique et à l’érosion de la démocratie, sont de plus en plus interdépendantes et ne peuvent être résolues ni de manière isolée, ni par un seul pays. 

La crise climatique : un multiplicateur de crises

« Nous devons tenir bon et maintenir le cap », a déclaré Annemarie Van der Avort, Directrice de l’environnement et du climat au ministère belge des Affaires étrangères, dans son discours d’ouverture, soulignant l’importance de travailler ensemble sur des questions telles que le changement climatique et la protection des océans. « Les menaces à long terme ne peuvent être combattues que par le multilatéralisme. » 

Le changement climatique a été mis en avant comme un facteur multiplicateur de crises qui exacerbe la pauvreté, les déplacements de population et l’instabilité politique. La Conférence des Nations Unies sur l’Océan, qui s’est tenue simultanément, a été citée comme un exemple de leadership mondial et de coopération multilatérale débouchant sur des actions concrètes. 

La fragilité augmente, les financements diminuent

Un autre thème clé concernait l‘intersection entre fragilité et pauvreté. Les données partagées lors de l’événement indiquent que d’ici 2040, jusqu’à 92 % des personnes en situation d’extrême pauvreté pourraient vivre dans des environnements fragiles et touchés par des conflits. « Pourtant, le financement de l’aide humanitaire et du développement à long terme est en baisse, en particulier pour les pays qui présentent le moins d’intérêt stratégique pour les gouvernements donateurs », a averti Wim Schalenbourg, Coordinateur fragilité et nexus au ministère belge des Affaires étrangères.  

« Nous devons passer d’investissements dans une défense réactive et dans la sécurité à une approche visant à traiter les causes profondes de la fragilité et des conflits, et inverser la tendance à la baisse de l’aide au développement dans les contextes fragiles », a poursuivi M. Schalenbourg. 

Ce message est particulièrement important compte tenu de la réduction de 25 % de l’aide étrangère prévue par la Belgique au cours des cinq prochaines années. 

La confiance : pilier du multilatéralisme

Les intervenants ont convenu que le système de l’ONU, tel qu’il est actuellement structuré, doit être réformé afin de pouvoir agir plus rapidement et plus efficacement. 

Rory Keane, Directeur du Bureau de liaison des Nations Unies pour la paix et la sécurité à Bruxelles, a insisté sur le rôle essentiel que l’Union européenne et ses États membres, dont la Belgique, peuvent jouer pour soutenir les réformes nécessaires du système multilatéral, telles qu’elles sont définies dans le Pacte pour l’avenir. Déjà lors de la dernière présidence belge du Conseil de sécurité de l’ONU (2019-2020), des efforts ont été déployés pour présenter une position unifiée de l’UE sur diverses questions, en mettant l’accent sur des solutions multilatérales aux crises.  

Au-delà des préoccupations sur la réforme institutionnelle et le financement, les experts ont souligné une question fondamentale : la nécessité de rétablir la confiance. 

« Aussi parfaites que soient les structures sur le papier, elles ne peuvent fonctionner sans confiance. Nous devons la reconstruire à partir de zéro. » M. Keane a ajouté : « Le multilatéralisme repose avant tout sur la confiance. La réforme est essentielle, mais la confiance l’est tout autant. »  

Établissant un parallèle historique, il a évoqué les débuts de l’Union européenne, lorsque les pays de l’après-guerre ont commencé à coopérer par le biais d’accords économiques concrets, notamment la Communauté européenne du charbon et de l’acier. L’idée est que parfois, des initiatives modestes et pragmatiques peuvent jeter les bases d’une collaboration plus approfondie, en particulier lorsque l’espace politique est limité. 

Un exemple plus récent d’une initiative concrète et à fort impact, mis en œuvre par les Nations Unies, est l’Initiative céréalière de la mer Noire, qui a contribué à améliorer la sécurité alimentaire mondiale. 

Une feuille de route : le Pacte pour l’avenir

L’événement s’est conclu sur un consensus de la nécessité d’identifier des initiatives plus pragmatiques, fondées sur les valeurs universelles des droits de l’homme, de l’égalité, de l’État de droit et d’un ordre international fondé sur des règles, telles qu’elles sont inscrites dans la Charte de l’ONU et la Déclaration universelle des droits de l’homme.  

Face à la montée de l’autoritarisme, aux catastrophes climatiques et aux crises humanitaires, les intervenants ont exhorté les dirigeants européens, y compris la Belgique, à protéger et à promouvoir ces valeurs universelles : un avenir multilatéral viable est une responsabilité commune, tant de l’ONU que de ses États membres.  

Le Pacte pour l’avenir, adopté en septembre 2024 par les États membres de l’ONU, est « la meilleure feuille de route pour sortir des polycrises », a déclaré M. Keane. Le Pacte appelle à des réformes structurelles, à la coopération numérique, à la relance des Objectifs de développement durable, à la priorité accordée à la paix et à la sécurité et aux bons offices de l’ONU, et donne la parole aux jeunes et prévoit un engagement plus significatif avec diverses parties prenantes, notamment la société civile et les autorités locales. 

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