Commonland : redonner vie à la terre et aux écosystèmes   

Paysage Altiplano espagne aride
L'Altiplano Estepario, une steppe semi-aride du sud de l'Espagne d'un million d'hectares en cours de restauration © AlVelAl

Les écosystèmes sont menacés par le changement climatique, la perte de biodiversité et la pollution. Plus d’une soixantaine de partenaires se sont associés aux Nations Unies pour la « Décennie pour la restauration des écosytèmes » lancée par l’ONU en juin dernier. Parmi eux, l’organisation Commonland, basée au Pays Bas.  

Cette organisation à but non lucratif s’est fixée pour objectif de transformer 100 millions d’hectares de terres dégradées en écosystèmes et communautés prospères d’ici 2040, soit une superficie équivalente à deux fois la taille de l’Espagne.   

 

Rendre viable les projets de restauration des sols et de la nature  

Commonland transforme les écosystèmes dégradés en se concentrant sur quatre axes clés de rendement sur une période de 20 ans :   

  • l’inspiration (donner de l’espoir et un sens de l’objectif)  
  • le capital social (ramener des emplois, des entreprises et de l’éducation)  
  • le capital naturel (restaurer le paysage)  
  • et le capital financier (profit durable à long terme). 

« Commonland a été parmi les premiers à trouver la solution permettant de rendre viables les grands projets de restauration », déclare Tim Christophersen, coordinateur de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes au sein du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE), qui a travaillé avec Commonland sur l’un de ses projets en Afrique du Sud.  

Parmi les huit projets de Commonland actuellement en cours, deux sont situés en Europe et couvrent plus d’un million d’hectares sur les 100 millions d’hectares visés : la restauration des prairies tourbeuses de l’ouest des Pays-Bas et celle de l’Altiplano Estepario, une steppe semi-aride (une grande zone de prairie plate non boisée) dans le sud de l’Espagne.  

 

Des conditions climatiques extrêmes  

Dans toute la Méditerranée, l’impact du changement climatique se fait déjà sentir. Après avoir exploré plusieurs paysages potentiels à restaurer, Commonland a choisi l’Altiplano Estepario, une zone rurale en dépeuplement d’un million d’hectares qui se trouve entre Malaga et Alicante.  

« L’Altiplano est une steppe semi-aride : une transition entre un désert et une forêt. Il y a trop peu de pluie pour qu’une forêt puisse pousser mais le sol est trop humide pour les déserts. Sur ce paysage de hauts plateaux, l’eau est et a toujours été rare », explique Erica ten Broeke, responsable du paysage chez Commonland.  

Les conditions climatiques sont extrêmes en raison des hivers froids, des étés chauds et d’une longue période de gel. L’érosion des sols, c’est-à-dire le déplacement de la couche supérieure du sol, engloutit lentement les terres fertiles et les forêts.

En collaboration avec des partenaires locaux, dont les partenaires paysagistes de Foundation Aland et de l’Association AlVelAl, le projet restaure les zones naturelles en plantant des arbres et des arbustes, en créant des infrastructures d’eau et en favorisant la biodiversité, notamment par le biais d’ « hôtels à insectes », des structures conçues par l’homme qui offrent un abri.  

 

Une agriculture durable  

amandes vertes
Amandes cultivées grâce à des pratiques agricoles régénératives dans l’Altiplano Estepario, dans le sud de l’Espagne © AlVelAl

« Nous incitons les agriculteurs à pratiquer une forme d’agriculture plus durable. On constate que peu de temps après le projet pilote, les agriculteurs appliquent ces pratiques à l’ensemble de leur exploitation », explique Erica ten Broeke.   

Des opportunités économiques ont également été créées, avec des entreprises qui vendent désormais des amandes et de l’huile d’olive produites grâce aux pratiques de l’agriculture régénérative, un système agricole qui a un impact positif net sur la terre.  

Jusqu’à présent, plus de 140 000 arbres ont été plantés dans la région et 200 000 graines ont été semées par drone. Plus de 180 agriculteurs appliquent activement des pratiques régénératrices dans leur exploitation, ce qui a permis d’améliorer la gestion des terres sur plus de 10 000 hectares.  

D’ici 2036, le projet vise à transformer le paysage de l’Altiplano en un lieu où la nature et l’agriculture sont en équilibre avec les personnes qui y vivent et y travaillent. Il espère que les foyers de biodiversité seront plus nombreux et que les jeunes reviendront dans la région pour y trouver de nouvelles opportunités économiques.  

« Nous espérons servir d’exemple par excellence pour la restauration des terres arides dans le bassin méditerranéen », déclare Erica ten Broeke.  

 

Les déserts verts néerlandais 

Paysage Pays-Bas vert
Les prairies tourbeuses de l’ouest des Pays-Bas, une zone de plus de 125 000 hectares en cours de restauration © Tom Baas

Les prairies tourbeuses de l’ouest des Pays-Bas constituent un paysage néerlandais typique, fait de vaches, de moulins à vent et de champs verts.  

« Les défis de ce paysage ne sont peut-être pas immédiatement apparents car la zone semble d’un vert luxuriant. Cependant, des décennies d’agriculture intensive combinées à un drainage systématique ont entraîné la perte d’une grande partie de la biodiversité au-dessus et au-dessous du sol », explique Erica ten Broeke.  

vaches broutent
Des vaches broutent dans les prairies tourbeuses des Pays-Bas © Tom Baas

Le changement climatique, la montée des eaux de la mer et le nivellement progressif des sols posent de nombreux défis. Les taux de biodiversité sont faibles et de nombreux agriculteurs ont du mal à joindre les deux bouts.   

En collaboration avec le partenaire paysagiste néerlandais Wij.land, Commonland cherche à faire passer les agriculteurs d’une agriculture conventionnelle à une agriculture régénératrice, par exemple en améliorant la microbiologie des sols et en semant des prairies riches en herbes.  

agricultrice creuse terre
L’agricultrice Monique van der Laan de la ferme De Beekhoeve à Kamerik, aux Pays-Bas, utilise sa pelle dans les prairies tourbeuses, tout en étant entourée de visiteurs © Erica ten Broeke

D’ici 2050, l’organisation espère que le paysage laissera une plus grande place à l’agriculture humide et à la nature, et que les agriculteurs fourniront des produits régénératifs pour le marché (local). Ils tireront une partie de leurs revenus du stockage du carbone et de l’eau douce en tant que services écosystémiques, ainsi que du tourisme et des loisirs sur ces terres. 

 

Transformer la planète  

Sur l’objectif de Commonland de restaurer 100 millions d’hectares de terres d’ici 2040, plus de 72 000 hectares sont actuellement en régénération directe, avec des répercussions sur deux millions d’hectares.   

L’organisation s’efforce de donner le coup d’envoi à des projets en Allemagne et en Pologne, et espère que son « cadre des quatre axes de rendement » pourra aider d’autres personnes à mener des projets de restauration.  

« Le cadre des quatre axes de rendement pour la restauration du paysage est en train de construire un concept solide qui peut être appliqué à grande échelle. Il sera un outil précieux pour atteindre les objectifs de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes », conclut Tim Christophersen du PNUE.  

 

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