Des pionniers belges de l’industrie alimentaire luttent contre le changement climatique

Série #SDGActors

Le mois de décembre 2020 est marqué par l’action pour le climat avec notamment la tenue d’un Sommet sur l’ambition climatique et la publication de deux rapports majeurs sur la situation climatique mondiale par le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

Le Secrétaire général des Nations Unies a averti dans un discours prononcé à l’Université de Columbia, à New York, que la planète est dans un piètre état mais qu’il n’est pas trop tard pour la sauver. Ce message a interpellé un certain nombre de pionniers belges de l’industrie alimentaire.

Espoir après Paris

Cinq ans après l’Accord de Paris, l’Alliance belge d’action pour le climat (abrévié BACA en anglais) garde tout de même espoir. Initiative récente de The Shift et de WWF, cette Alliance a pour objectif d’aider les organisations à réduire leur empreinte écologique.

« Bien que l’industrie alimentaire ait encore un long chemin à parcourir, il y a eu de nombreux changements ces cinq dernières années en matière d’ambition climatique », souligne Bart Corijn, responsable de programme et changement chez The Shift, co-fondateur de la BACA. « Par exemple, tous les détaillants belges ont rejoint la BACA. Ils se rendent compte que le changement climatique a un impact sur leur modèle d’entreprise et qu’ils peuvent jouer un rôle crucial. La pression des clients joue également un rôle. »

L’industrie alimentaire, l’un des principaux moteurs du changement climatique

Des acteurs tels que le mouvement anti-déchets alimentaires Too Good To Go recourent à la technologie, à l’aide d’une application, pour créer un impact conforme aux objectifs de l’accord de Paris sur le climat. Grâce à cette application, le consommateur peut obtenir à moindre coût les surplus alimentaires chez les commerçants locaux en fin de journée et ainsi éviter le gaspillage.

Le gaspillage alimentaire est une énorme source d’émissions de CO2. Le PNUE a constaté qu’un tiers de la nourriture est gaspillé et, selon des recherches européennes, 53 % des déchets de la chaîne alimentaire proviennent des ménages. Outre les déchets, les pertes en énergie, en eau et en combustibles fossiles qui en découlent sont énormes.

« C’est un problème embarrassant qui a un impact économique, social et environnemental énorme », pointe Franco Prontera, directeur de Too Good To Go Belgique. « L’impact écologique est notre motivation principale. La lutte contre le gaspillage alimentaire est l’une des solutions les plus efficaces dans la lutte contre le changement climatique », confirme-t-il.

Avec 1,3 million d’utilisateurs enregistrés en Belgique, le mouvement peut déjà faire la différence, mais « cela ne va pas nous rendre paresseux », annonce M. Prontera. « En plus de notre modèle existant, nous essayons également de fournir des solutions pour d’autres segments de la chaîne alimentaire tels que les fournisseurs de denrées alimentaires. Surtout maintenant, avec le confinement et la fermeture des restaurants, c’est plus que nécessaire, ils se retrouvent eux aussi avec beaucoup de produits ».

 

Des forêts alimentaires pour une agriculture plus durable

Une alimentation durable signifie également un système agricole plus durable. L’agriculture industrielle entraîne une érosion considérable des sols, une perte de biodiversité et une pollution des eaux de surface et souterraines. L’Institut des forêts alimentaires (Food Forest Institute), une association belge à but non lucratif, estime que les forêts alimentaires d’arbres à fruits et à noix font partie de la solution.

En effet, les forêts sont essentielles dans la lutte contre le changement climatique car elles absorbent le dioxyde de carbone et protègent les sols. Par conséquent, les forêts alimentaires n’ont pas seulement des avantages environnementaux, mais fournissent également des aliments sous forme de fruits et de noix. Ces arbres « peuvent être plantés partout, en zone agricole, dans des parcs urbains, des zones industrielles, dans les écoles ou dans votre propre cour », suggère Louis De Jaeger, co-fondateur du Food Forest Institute.

Actuellement, seulement 23% du territoire belge est boisé. « Nous avons besoin d’une mosaïque de systèmes agricoles – champs, arbustes, grandes forêts », ajoute M. De Jaeger.

réception d'un colis alimentaire de Too Good To Go entre un homme et une femme âgés
©Too Good to Go

Le café à énergie solaire

Le caféiculteur Ray & Jules s’est engagé dans la nouvelle technologie et la transformation de la chaîne du café pour atteindre les objectifs de Paris. Le café fait partie des six chaînes alimentaires les plus polluantes en matière de CO2, avec environ 60 millions de tonnes de CO2 émises chaque année, dont 25 % sont dues à la torréfaction des grains.

« Chez Ray & Jules, nous avons été les premiers à développer une technologie qui torréfie le café lentement et à basse température à une consommation d’énergie trois fois plus basse, ce qui nous permet d’alimenter le torréfacteur avec de l’énergie solaire », explique Gert Linthout, développeur du réseau Ray & Jules.

À moyen terme, l’entreprise veut non seulement changer l’état d’esprit des amateurs de café, mais aussi installer cette nouvelle technologie de torréfaction dans le pays d’origine du café afin d’y transférer une grande partie des bénéfices. « Et d’ici 2050, nous voulons parvenir à un secteur du café équitable et sans CO2 », espère M. Linthout.

femme humant une tasse de café
Café Ray & Jules © Adriaan Van Looy – supermoon.be

Position stratégique

« Les entreprises alimentaires ont une position clé pour faire avancer la production vers une amélioration de son impact climatique, » conclut Julie Vandenberghe, directrice adjointe des programmes nationaux au WWF, cofondatrice de BACA. Formelle, elle déclare que : « D’une part, les entreprises alimentaires ont une position d’influence significative sur leurs fournisseurs, par exemple en optant pour des producteurs durables. D’autre part, les entreprises travaillant dans l’industrie alimentaire ont une influence considérable sur les consommateurs, par exemple en promouvant des produits saisonniers ».

L’alimentation durable sera une priorité pour les Nations Unies l’année prochaine. En 2019, l’Assemblée générale a proclamé 2021 Année internationale des fruits et légumes.

« Profitons-en pour repenser la manière dont nous produisons et consommons les aliments. Réexaminons nos systèmes alimentaires et engageons-nous à édifier un monde plus sain, plus résilient et plus durable, où nous pourrons, toutes et tous, accéder, à un coût abordable, à la nutrition diversifiée dont nous avons besoin », a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, à l’occasion du lancement officiel de l’Année internationale des fruits et légumes le 15 décembre 2020.

L’inclusion d’une organisation dans la série « SDG Actors » ne reflète pas le point de vue ni ne représente une validation de la part de UNRIC. 

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