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Enfants dans les conflits : photographier la lumière dans les ténèbres

Le photographe britannique Paddy Dowling a voyagé dans certaines des zones de conflit les plus difficiles au monde. Sa dernière exposition, « Du désespoir à l’espoir : les enfants par-delà les conflits armés », présentée au musée Bozar à Bruxelles jusqu’au 28 avril, dépeint la vie d’enfants dans un contexte de guerre comme en République démocratique du Congo (RDC), à Gaza et au Soudan.

Organisée en collaboration avec le Bureau des Nations Unies pour le sort des enfants en temps de conflit armé, cette exposition met en lumière les complexités de la vie des enfants en période de conflit, y compris leurs aspirations à un avenir pacifique.

Les enfants sont les plus vulnérables en temps de guerre

Selon l’UNICEF, plus de 400 millions d’enfants, soit environ un sur cinq dans le monde, vivent ou fuient des zones de conflit. Ils ne sont pas autorisés à être simplement des enfants. Beaucoup sont tués, mutilés, victimes de violences sexuelles et recrutés comme enfants soldats dans des conflits dans lesquels ils n’ont pas leur mot à dire. Leurs écoles et hôpitaux sont attaqués, et ils sont privés d’accès à l’aide humanitaire.

La couverture médiatique des zones de guerre peut souvent se concentrer sur la destruction et la mort, remarque Paddy Dowling, mais à travers son exposition, il souhaitait présenter ses sujets avec dignité et mettre l’accent sur un « récit de paix ».

« Il est très facile de montrer quelqu’un qui souffre, à l’agonie ou qui pleure ». Au lieu de quoi il essaie de rechercher « des nuances subtiles et des mouvements musculaires dans un visage ».

Ses photographies montrent des enfants dans des contextes très variés : dans les ruines de leurs salles de classe, sur le front de mer de Gaza, ou encore dans des camps de réfugiés. Certains enfants détournent le regard de la caméra, d’autres regardent directement l’objectif.

« Ils prennent la pose la plus naturelle pour eux », détaille le photographe. Sur plusieurs images, la lumière transperce des scènes d’obscurité, ce qui, selon lui, met l’accent sur la façon dont la beauté et la misère peuvent coexister dans des situations de conflit.

« Peu importe à quel point les circonstances sont sombres et difficiles, les gens peuvent être magnifiques, affirme Paddy Dowling. L’humanité est toujours magnifique, malgré le mal qui existe dans le monde ».

Aggravation des conflits à travers le monde

Enfants, Gaza : Des enfants jouent au football près d’un bâtiment bombardé dans le camp de réfugiés de Gaza Beach.* © Paddy Dowling
Enfants, Gaza : Des enfants jouent au football près d’un bâtiment bombardé dans le camp de réfugiés de Gaza Beach.* © Paddy Dowling

Plusieurs des lieux mis en avant dans l’exposition sont toujours en conflit, ou dans des situations qui ont empiré depuis que Paddy s’y est rendu, comme au Soudan et à Gaza.

Philippe Lazzarini, Commissaire général de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), a qualifié la guerre à Gaza de « guerre contre les enfants », les données des autorités sanitaires de Gaza indiquant qu’au moins 12 300 mineurs enfants sont morts dans l’enclave depuis le début du conflit.

« Chaque jour, je pense aux centaines de personnes que j’ai interviewées et photographiées à Gaza », raconte Paddy. Il s’y est rendu quatre fois, avant l’opération militaire israélienne qui a suivi les attaques du Hamas du 7 octobre. Paddy se souvient de la générosité et de la gentillesse des gens qu’il a rencontrés et qui l’ont accueilli chez eux avec du café, du thé et des desserts du Moyen-Orient.

Au Soudan, où la guerre entre dans sa deuxième année, le Comité des droits de l’enfant des Nations Unies a mis en garde contre le bilan impressionnant de la crise sur les enfants, 14 millions d’entre eux ayant besoin d’une aide humanitaire urgente, 19 millions étant privés d’éducation et quatre millions déplacés de leurs foyers.

« Si je retournais dans ces endroits et que je constatais des améliorations, moins de meurtres, moins de misère, moins de déplacements, j’aurais plus d’espoir, témoigne le photographe. Mais en réalité, la plupart des endroits où je retourne vont de pire en pire. Il est donc très difficile de voir l’espoir ».

Les récits troublants et inspirants des enfants

Moïse, 18 ans, Soudan du Sud. Quand Moïse avait 15 ans, il a vu son père se faire assassiner. Il a ensuite été enlevé par la même milice et entraîné à la guerre et au vol. * © Paddy Dowing
Moses, 18 ans, Soudan du Sud. Quand Moses avait 15 ans, il a vu son père se faire assassiner. Il a ensuite été enlevé par la même milice et entraîné à la guerre et au vol.* © Paddy Dowling

Les témoignages de tous les enfants interviewés par Paddy au fil des années l’accompagnent partout où il va, mais certaines histoires en particulier l’ont marqué.

Moses, originaire du Soudan du Sud, avait 15 ans lorsqu’il a vu son père se faire assassiner par une milice. Il a ensuite été enlevé par la même milice et entraîné à la guerre et au vol.

Interviewé à l’âge de 18 ans en Ouganda, Paddy décrit la rencontre comme « épouvantable, parce que le silence avant qu’il ne parle a simplement consumé tout l’espace ».

« [Moses] a juste dit: « J’ai tué tellement de gens ». Je ne pense jamais avoir entendu quelque chose d’aussi confondant, raconte Paddy […]. Le remords était visible ».

La communauté et les proches de Moses l’ont fui. Il n’était jamais allé dans une salle de classe. « Il avait un désir insatiable de ce sentiment de normalité, d’être dans une école, des choses les plus simples […]. Déchirant, tout simplement déchirant. »

Charles, 16 ans, RDC. Charles vivait avec sa mère et son père, mais a été contraint de se déplacer car persécuté en tant que personne atteinte d’albinisme.* © Paddy Dowling
Charles, 16 ans, RDC. Charles vivait avec sa mère et son père, mais a été contraint de se déplacer car persécuté en tant que personne atteinte d’albinisme.* © Paddy Dowling

Charles, 16 ans, a été contraint de quitter la RDC où il a été persécuté car atteint d’albinisme. Des « sorciers » croient que certaines parties du corps des personnes albinos portent chance ou richesse et sont ainsi vendues à des  « utilisateurs ». Son père a été battu pour avoir refusé de le vendre.

Après avoir déménagé en Ouganda, Charles a été confronté à une stigmatisation similaire. Ses longues marches jusqu’à l’école ont été interrompues par des inconnus qui tentaient de le détourner. Sa détermination à étudier, dans l’espoir d’obtenir un emploi où il pourra contribuer à protéger les droits d’autres personnes atteintes d’albinisme, l’a encouragé à continuer sur sa lancée.

« Malgré cette menace constante et quotidienne et cette peur, il avait toujours autant de volonté et de vaillance pour aller à l’école à pied », dit Paddy.

Le pouvoir qu’ont les enfants de rêver

Qu’il s’agisse d’être footballeur, professeur, médecin ou tout simplement de rentrer chez eux, plusieurs des enfants sur les photographies de Paddy expriment leurs souhaits pour l’avenir.

« Ce sont les rêves qui les maintiennent en vie », estime Paddy Dowling.

Après avoir couvert les crises humanitaires dans plus de 60 pays à travers le monde, il a régulièrement collaboré avec les Nations Unies à travers son travail. Même s’il peut être difficile de voir la lumière dans une telle obscurité, Paddy déclare que l’espoir vient des acteurs du secteur humanitaire.

« Les Nations Unies ont joué un rôle fondamental dans ma carrière. Elles sont toujours mon point de repère et la norme selon laquelle vous devez vous comporter et être mesuré », souligne-t-il. Il rend notamment hommage au Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé, Virginia Gamba. « Son mandat est de donner la parole aux enfants, d’attirer l’attention sur leur détresse dans les conflits et par-dessus tout de les protéger ».

Paddy Dowling appelle les pays à continuer de financer cette initiative et à aider les enfants qui ont souffert dans des conflits.

En réfléchissant aux photos des enfants de son exposition, il exhorte : « Ne détournez pas les yeux de ces images. Regardez-les et ne reculez pas. Parce qu’ils comptent sur vous pour faire quelque chose ».

Du désespoir à l’espoir : les enfants par-delà les conflits armés

L’exposition de Paddy Dowling peut être vue au musée Bozar jusqu’au 28 avril 2024.

Dans le cadre de la présidence belge du Conseil de l’Union européenne, elle a été organisée par le Service public fédéral des Affaires étrangères, du Commerce extérieur et de la Coopération au développement du Royaume de Belgique, le Bureau de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies pour le sort des enfants en temps de conflit armé et la Commission européenne.

Plus d’informations sont disponibles ici.

*Les photos et leurs descriptions dans l’article datent d’avant 2023.

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