Israël/Palestine : la liberté d’expression doit être respectée

Des experts indépendants* de l’ONU se sont inquiétés de la vague mondiale d’attaques, de représailles, de criminalisation et de sanctions à l’encontre de ceux qui expriment publiquement leur solidarité avec les victimes du conflit actuel entre Israël et la Palestine.

« Les appels pour la fin des violences et des attaques à Gaza, pour un cessez-le-feu humanitaire ou pour la critique des politiques et des actions du gouvernement israélien ont été, dans de trop nombreux contextes, assimilés à tort à un soutien au terrorisme ou à l’antisémitisme. Cela étouffe la liberté d’expression, y compris l’expression artistique, et crée une peur de participer à la vie publique », ont déclaré les experts.

« Dans d’autres contextes, nous constatons également une augmentation des discours antisémites et de l’intolérance à l’égard de ceux qui soutiennent ou sont perçus comme soutenant Israël, ou qui expriment une simple sympathie pour les souffrances des Israéliens à la suite de l’attentat du 7 octobre ». Cela laisse peu de place aux opinions modérées.

Les experts ont souligné que les artistes, les universitaires, les journalistes, les activistes et les sportifs ont été confrontés à des conséquences et des représailles particulièrement sévères de la part des États et des acteurs privés en raison de leur rôle éminent et de leur visibilité.

« Les gens ont le droit d’exprimer leur solidarité avec les victimes de graves violations des droits de l’homme et de demander justice, que ce soit d’un côté ou de l’autre, ou des deux », ont déclaré les experts.

Censure d’artistes engagés

Ils ont noté avec une profonde inquiétude que plusieurs artistes dans le monde ont été pris pour cible en raison de leur art ou de leurs messages politiques. Ils ont subi des pressions pour changer de sujet d’expression artistique et ont été qualifiés soit de fauteurs de troubles, soit d’indifférents à la souffrance d’une partie ou de l’autre. 

« Certains artistes ont été déprogrammés et censurés pour avoir appelé à la paix, d’autres ont perdu leur emploi et d’autres encore ont été réduits au silence ou mis à l’écart par leurs propres organisations culturelles et communautés artistiques », ont-ils déclaré.

Journalistes intimidés

Les journalistes et les médias en Israël et dans les pays occidentaux qui critiquent les politiques et les opérations israéliennes dans les territoires occupés ou qui expriment des opinions en faveur de la Palestine ont été la cible de menaces, d’intimidations, de discriminations et de représailles. 

Cela augmente le risque d’autocensure et porte atteinte à la diversité et à la pluralité des informations qui sont essentielles à la liberté de la presse et au droit du public d’être informé. Selon ces experts, au moins un média israélien aurait été menacé de fermeture pour cause de soutien à la Palestine. Ils ont également critiqué la suppression disproportionnée et injustifiée de contenus pro-palestiniens par les plateformes de médias sociaux.

Étudiants suspendus ou exclus

Les experts ont fait part de leurs préoccupations concernant les suspensions et les expulsions d’étudiants des universités, les licenciements d’universitaires, les appels à leur expulsion, les menaces de dissolution de syndicats et d’associations d’étudiants et les restrictions imposées aux réunions organisées sur les campus pour exprimer la solidarité avec les civils souffrant à Gaza et dénoncer la riposte militaire israélienne en cours. 

Des étudiants ont aussi été inscrits sur la liste noire de certaines universités en tant que partisans du terrorisme, ce qui a entraîné des menaces sur leurs perspectives d’emploi.

Sportifs menacés

« Certains athlètes, en particulier en Europe, ont été suspendus après avoir publié leurs opinions sur les réseaux sociaux, tandis que d’autres ont été menacés de suspension de leur équipe, de résiliation de leur contrat et même d’expulsion de leur pays de résidence », ont déclaré les experts.

« Le sport, c’est créer des liens et permettre à tous de se rencontrer et de s’engager, tout en respectant la diversité des origines et des opinions, que tout être humain a le droit d’avoir », ont-ils déclaré.

Criminalisation des manifestations pro-palestiniennes

Les experts ont constaté une tendance très inquiétante à criminaliser et à qualifier les manifestations pro-palestiniennes de « manifestations de haine » et à les interdire de manière préventive, en invoquant souvent les risques pour la sécurité nationale, y compris les risques liés à l’incitation à la haine, sans fournir de justification fondée sur des preuves. 

« De telles actions violent non seulement le droit de manifester garanti par l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques, mais sont également préjudiciables à la démocratie et à tout effort de consolidation de la paix », ont-ils déclaré.

Les experts ont rappelé que toute restriction des droits humains doit répondre aux conditions de légalité, de nécessité et de proportionnalité. 

L’appel à la haine, interdit par le droit international

« En outre, l’appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la violence, à l’hostilité ou à la discrimination est interdit par le droit international », ont-ils déclaré, appelant en particulier les personnes occupant des fonctions officielles à renoncer aux discours de haine et aux déclarations incendiaires.

« Les États ont le devoir de lutter contre les discours de haine qui déshumanisent les parties à un conflit armé et les civils », ont déclaré les experts, rejoignant ainsi l’appel récent du Haut-Commissaire aux droits de l’homme à mettre fin à la montée des discours de haine, de l’antisémitisme et de l’islamophobie, et à garantir un espace sûr et propice à l’expression de la solidarité avec les Israéliens ou les Palestiniens.

« C’est surtout en période de conflit et de guerre que nous devons défendre l’universalité des droits de l’homme, garantir l’application de l’État de droit sans discrimination et éviter soigneusement le système de deux poids, deux mesures », ont-ils déclaré.

*Les experts : Alexandra Xanthaki, Rapporteur spécial dans le domaine des droits culturels ; Farida Shaheed, Rapporteur spécial sur le droit à l’éducation ; Clément Nyaletsossi Voule, Rapporteur spécial sur les droits à la liberté de réunion pacifique et d’association ; Irene Khan, Rapporteur spécial sur la protection et la promotion de la liberté d’opinion et d’expression.

 

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