« L’Intelligence articifielle apporte une vitesse révolutionnaire au traitement, à la diffusion et à la circulation de l’information, pour le meilleur et très souvent pour le pire, a déclaré Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse. Dans un monde où les algorithmes tendent à enfermer les utilisateurs des réseaux dans des bulles d’information, l’IA peut contribuer à accélérer la polarisation politique vers les extrêmes ».
Un événement global de l’UNESCO s’est tenu à Bruxelles cette année, le 7 mai 2025, pour discuter de l’information en tant que bien public à l’ère de l’IA, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.
124 membres de la presse tués en 2024, dont 82 à Gaza
Audrey Azoulay a également souligné que l’Union européenne (UE) est devenue l’un des partenaires les plus importants de l’UNESCO ces dernières années, devenant son deuxième donateur en 2024. « Un partenariat essentiel et d’autant plus apprécié, compte tenu des bouleversements géopolitiques que connaît le monde », a-t-elle déclaré.
« Le journalisme et les médias libres sont la pierre angulaire de notre démocratie », a déclaré Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie à la Commission européenne.
« Pourtant, un nombre record de journalistes ont été tués en 2024, la grande majorité d’entre eux étant des reporters à Gaza. Le Comité pour la protection des journalistes a recensé 124 journalistes tués dans le monde en 2024. 82 d’entre eux étaient des Palestiniens. Il ne doit y avoir aucune tolérance ou impunité pour le meurtre de journalistes, où que ce soit »
Un nouveau règlement sur la liberté des médias dans l’UE
Dans un message spécial, Michael McGrath, commissaire européen chargé de la démocratie, de la justice, de l’tat de droit et de la protection des consommateurs, a rappelé qu’« en temps de crise, une presse libre peut devenir une bouée de sauvetage ».
Il a souligné les différents outils juridiques mis en œuvre dans l’UE pour renforcer la liberté et le pluralisme des médias, parmi lesquels le Règlement européen pour la liberté des médias, qui est entré en vigueur le 7 mai 2024 et sera pleinement appliqué le 8 août 2025. Cet acte prévoit notamment « des garanties contre l’ingérence politique dans les décisions éditoriales et la protection des journalistes contre la surveillance ».
En outre, l’initiative intitulée « Bouclier européen de la démocratie » vise à « lutter contre les menaces croissantes qui pèsent sur les institutions démocratiques », parmi lesquelles « la manipulation de l’information étrangère et la désinformation ».
Défis et opportunités de l’IA
Tout au long de la journée, les défis et les opportunités de l’IA pour les médias ont été discutés lors de sessions plénières, auxquelles ont participé des membres de la presse, des grandes entreprises technologiques, des représentants de la société civile, des chercheurs et des experts des Nations unies.
« L’IA peut être une arme et un outil, a déclaré Irene Khan, rapporteur spécial des Nations unies sur la liberté d’expression. Tout d’abord, nous devons reconnaître qu’elle est là pour durer. En même temps, nous devons nous assurer que l’IA fonctionne réellement pour le bien (…) et pour faire progresser les droits de l’homme. »
Mention a été faite du Pacte numérique mondial, une partie intégrante du Pacte pour l’avenir, sur lequel les pays membres des Nations Unies se sont accordés. Il s’agit du premier cadre mondial complet pour la coopération numérique et la gouvernance de l’IA.
« 20% des personnes dans le monde utilisent déjà l’IA, et de manière frappante, deux tiers des personnes vivant dans des pays à faible revenu s’attendent à ce que l’IA fasse partie de leur vie au cours de l’année prochaine », a rappelé Pedro Conceição, directeur du Bureau du Rapport mondial sur le développement humain (RDH) au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Il est revenu sur le dernier rapport du RDH, publié le 6 mai dernier sur le thème de l’IA et « comment elle peut être exploitée pour améliorer le développement humain ».
L’IA décrite comme un « sirop empoisonné » par la Fédération internationale des journalistes
Dominique Pradalié, présidente de la Fédération internationale des journalistes (FIJ), a décrit l’IA comme un « sirop empoisonné », qui « risque d’interférer avec l’intelligence humaine dans tous les domaines ».
« La désinformation se développe et est utilisée à une échelle industrielle (…). Les choix algorithmiques des plateformes sont guidés par leurs intérêts économiques, ce qui se traduit par une préférence pour les contenus distrayants plutôt que pour l’information. C’est une guerre cognitive qui est menée contre le système médiatique lui-même ». Face à l’IA, un cadre juridique clair, transparent et contraignant doit être mis en place, selon Dominique Pradalié.
« Faudrait-il que les journalistes existent encore d’ici quelques années ? On peut en douter. (…) Depuis la mort d’Anna Politkovskaïa en 2006, combien de journalistes ont-ils été tués ? Plus de 2000. Actuellement, plus de 500 sont emprisonnés et plus de 2000 sont en exil. Ces chiffres terribles prouvent que les journalistes ne sont pas protégés ». Aucun système de protection légale internationale spécifique n’existe pour les journalistes, souligne la FIJ, qui plaide pour l’élaboration d’une convention internationale.
Cérémonie de remise du Prix mondial de la liberté de la presse à Bruxelles
La cérémonie de remise du Prix mondial de la liberté de la presse UNESCO/Guillermo Cano 2025 s’est déroulée dans la journée à Bruxelles. Le prix a été remis au journal nicaraguayen La Prensa – El Diario de los Nicaragüenses, fondé en 1926.
Depuis 2021, après l’emprisonnement et l’expulsion de ses dirigeants du pays ainsi que la confiscation de ses biens, La Prensa continue d’informer la population nicaraguayenne en ligne, la majeure partie de son équipe étant en exil et opérant depuis le Costa Rica, l’Espagne, le Mexique, l’Allemagne et les États-Unis.
En réponse au prix, le gouvernement du Nicaragua a annoncé son retrait de l’UNESCO, effectif le 31 décembre 2026. Une décision que l’UNESCO a regrettée dans un communiqué de presse publié le 4 mai 2025.
LIENS UTILES
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