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Éco-anxiété : quand les changements climatiques impactent la santé mentale

À l’occasion du Sommet mondial sur la santé mentale ce 5 octobre à Paris et à l’approche de la Conférence de Glasgow sur les changements climatiques (COP26), nous avons interrogé Alice Desbiolles, médecin de santé publique et auteure du livre « Éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé ».

Incendies gigantesques, pluies violentes, vents puissants, inondations, éboulements, sécheresses : les images tournent sur les télévisions et nos réseaux sociaux. La Terre se réchauffe, les changements climatiques sont déjà perceptibles et les prévisions des scientifiques, notamment celles du GIEC, le Groupe international d’experts sur le climat, sont alarmistes.

Pour nombre de personne, ces nouvelles sont anxiogènes et génèrent ce que l’on appelle depuis quelques années, l’éco-anxiété, un nouveau « mal du siècle ».

Qu’est-ce que l’éco-anxiété ?

L’éco-anxiété se définit, selon les termes d’Alice Desbiolle, comme une « sensibilité générée par une perception des désordres environnementaux et leurs conséquences sur les sociétés humaines ».

Surtout, « il n’y a pas une mais des éco-anxiétés », précise-t-elle. Le phénomène peut se manifester sous différentes formes, que ce soit de manière psychosomatique, émotionnelle ou existentielle. Cette sensibilité existentielle peut d’ailleurs être positive et entrainer une transition écologique progressive par une remise en question du mode de vie des individus.

En tant qu’anxiété anticipatoire, l’éco-anxiété est également la « perception d’un avenir compromis, d’un monde en péril ». Elle peut donc entrainer des conséquences sociales comme l’infécondité volontaire, le refus d’avoir des enfants, qui concerne aujourd’hui 5% de la population française toutes raisons confondues.

« On ne naît pas éco-anxieux, on le devient », souligne le Dr Desbiolles. Il s’agit d’un cheminement rationnel au regard de la situation environnementale et qui traduit l’instinct de survie humain à un niveau systémique. Il est donc « normal » de ressentir certaines formes d’éco-anxiété.

À moins d’être reconnue comme anxiétépathologique car trop profondément ancrée en l’individu, l’éco-anxiété n’est pas considérée comme une pathologie mentale. Elle n’est donc pas enseignée en tant que telle. De nombreuses recherches en la matière ont néanmoins récemment vu le jour.

Un phénomène croissant

La notion d’éco-anxiété n’est pas nouvelle, mais le terme a seulement émergé dans le débat public vers 2019, du fait de la sensibilisation croissante des individus aux questions climatiques.

L’éco-anxiété étant étroitement liée à la situation environnementale, en pleine dégradation, le Dr Desbiolles voit le phénomène s’amplifier dans les prochaines années.

En France, on constate que la santé mentale, principalement des jeunes, se dégrade également et que la jeunesse se saisit de plus en plus des questions environnementales.

Les pays francophones, en particulier la France, sont précurseurs en la matière, où les questions environnementales recouvrent toutes les disciplines et se démocratisent. Elles sont donc aujourd’hui très présentes dans le débat public.

Aussi, « quand on est éco-anxieux, on le reste », ce qui est vu de manière positive par Alice Desbiolles. L’éco-anxiété peut être « une boussole pour s’épanouir, à condition de la canaliser et la transcender ».

« Le seul moyen de faire disparaitre cette éco-anxiété serait que ses causes disparaissent », et donc que les moyens nécessaires au niveau international soient mis en œuvre pour contrer les changements climatiques.

Des profils divers

Contrairement aux idées reçues, le Dr. Desbiolles constate que les personnes éco-anxieuses ne sont pas plus touchées que d’autres par l’anxiété liée à la pandémie de COVID-19. De nature résiliente, elles sont mieux préparées à faire face à des bouleversements de leur quotidien car elles ont déjà effectué un travail de gestion de l’incertitude.

L’éco-anxiété touche toutes les franges de la population.

Plus une personne est sensibilisée aux enjeux climatiques et à son environnement, comme les scientifiques, les jeunes, ou les agriculteurs ayant un contact fort avec la terre, plus elle a de probabilité de développer une forme d’éco-anxiété.

Bien qu’aucune étude n’ait encore été menée sur la population générale souffrant d’éco-anxiété, Alice Desbiolles remarque que ceux qui s’approprient le plus le sujet sont les jeunes.

Lâcher prise, sans renoncer

Selon Alice Desbiolles, il existe des solutions simples pour, sinon se libérer de l’éco-anxiété, au moins l’atténuer.

Le « lâcher prise, sans renoncer » est primordial. C’est-à-dire apprendre à se déconnecter des informations anxiogènes, sans toutefois renoncer à une certaine forme d’engagement dans son quotidien.

La reconnexion avec la nature et le présent est également bénéfique afin de se rappeler de la beauté de notre environnement et de garder espoir, tout en maintenant sa santé physique et mentale.

Le Dr Desbiolles rappelle également l’importance de ne pas « hyper-anticiper », ni de « s’hyper-culpabiliser », c’est-à-dire endosser la responsabilité de ce sur quoi on ne peut pas agir en tant qu’individu.

Les différents conseils pour faire face à ces éco-anxiétés sont détaillés dans l’ouvrage d’Alice Desbiolles « Éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé »[1], un livre qui analyse autant qu’il soigne.

Ce dernier est destiné à tous les publics, des personnes qui se sentiraient éco-anxieuses à la recherche de solutions concrètes, aux personnes curieuses de se sensibiliser à ces questions.

 

À propos de l’auteure

Alice Desbiolles, auteure du livre « éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé » lors d’une interview Doctissimo Alice Desbiolles est médecin. Son parcours l’a amenée à travailler à l’hôpital, au sein d’organismes gouvernementaux de santé publique, au ministère de la Santé, à l’Institut Pasteur, et à participer à des missions sanitaires internationales. Elle est l’une des premières professionnelles de santé à avoir popularisé et porté médiatiquement l’éco-anxiété et les conséquences sanitaires du réchauffement climatique.

 

[1] Dr. Alice Desbiolles, « L’éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé », Éd. Fayard, septembre 2020

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