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ActualitésÉco-anxiété : quand les changements climatiques impactent la santé mentale

Éco-anxiété : quand les changements climatiques impactent la santé mentale

À l’occasion de la Conférence de l’ONU sur les changements climatiques (COP26) à Glasgow, du 31 octobre au 12 novembre, nous avons interrogé Alice Desbiolles, médecin de santé publique et auteure du livre « Éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé » et Charline Schmerber, psychothérapeute spécialisée sur l’éco-anxiété.

Incendies gigantesques, pluies violentes, vents puissants, inondations, éboulements, sécheresses : les images tournent sur les télévisions et nos réseaux sociaux. La Terre se réchauffe, les changements climatiques sont déjà perceptibles et les prévisions des scientifiques, notamment celles du GIEC, le Groupe international d’experts sur le climat, sont alarmistes.

Pour nombre de personne, ces nouvelles sont anxiogènes et génèrent ce que l’on appelle depuis quelques années, l’éco-anxiété, un nouveau « mal du siècle ».

Qu’est-ce que l’éco-anxiété ?

L’éco-anxiété se définit, selon les termes d’Alice Desbiolles, comme une « sensibilité générée par une perception des désordres environnementaux et leurs conséquences sur les sociétés humaines ». Elle est la « perception d’un avenir compromis, d’un monde en péril ».

Il s’agit d’une « détresse prospective » par rapport à l’urgence écologique, qui va générer non seulement de l’anxiété, mais aussi un panel d’émotions comme la colère, la tristesse, la peur, la culpabilité ou l’impuissance, ajoute Charline Schmerber.

« Il n’y a pas une mais des éco-anxiétés », précise Alice Desbiolles. Le phénomène peut se manifester sous différentes formes, que ce soit de manière psychosomatique, émotionnelle ou existentielle. Cette dernière peut d’ailleurs être positive et entrainer une transition écologique progressive par une remise en question du mode de vie des individus.

« On ne naît pas éco-anxieux, on le devient », souligne-t-elle. Il s’agit d’un cheminement rationnel au regard de la situation environnementale et qui traduit l’instinct de survie humain à un niveau systémique. Il est « normal » de ressentir certaines formes d’éco-anxiété.

Selon Charline Schmerber, « les personnes éco-anxieuses sont les personnes saines d’un monde qui s’ignore fou ». Cette anxiété est le signe d’un regard lucide sur le monde, mais qui a un prix et qui peut mener à des conséquences sociales comme l’infécondité volontaire.

L’éco-anxiété n’est pas considérée comme une pathologie mentale.[1] Le risque de la considérer comme telle serait, selon Charline Schmerber, de se focaliser sur l’individu et non sur ce qui la génère.

Un phénomène croissant

La notion d’éco-anxiété n’est pas nouvelle, mais le terme a seulement émergé dans le débat public vers 2019, du fait de la sensibilisation croissante des individus aux questions climatiques, et plus récemment du fait de la sortie du rapport alarmant du GIEC et des phénomènes climatiques inquiétants dans le monde.

L’éco-anxiété étant étroitement liée à la situation environnementale, en pleine dégradation, le Dr Desbiolles et le Dr Schmerber voient le phénomène s’amplifier dans les prochaines années.

Charline Schmerber souligne d’ailleurs que les éco-anxieux représentent aujourd’hui environ 80% de sa patientèle.

En France, on constate que la santé mentale, principalement des jeunes, se dégrade et que la jeunesse se saisit de plus en plus des questions environnementales.

Selon Alice Desbiobles, les pays francophones, en particulier la France, sont précurseurs en la matière, où les questions environnementales recouvrent toutes les disciplines et se démocratisent. Ainsi, ceux qui s’approprient le plus le sujet semblent être les jeunes.

Des profils divers

L’éco-anxiété touche toutes les franges de la population et va se traduire par des pensées obsédantes par rapport à l’avenir, dans une volonté de préserver leurs besoins de base, souligne Charline Schmerber.

Plus une personne est sensibilisée aux enjeux climatiques et à son environnement, comme les scientifiques, les jeunes, ou les agriculteurs ayant un contact fort avec la terre, plus elle a de probabilité de développer une forme d’éco-anxiété.

Charline Schmerber identifie trois types de patients qui abordent au cours des séances le terme d’éco-anxiété ou de solastalgie[2] : ceux qui arrivent en situation de « burn-out écologique », ceux qui vivent un « éveil écologique traumatogène » et ceux faisant partie des « éveillés lucides », ayant toujours ressenti une forme de malaise latent.

Aussi, « quand on est éco-anxieux, on le reste », ce qui est vu de manière positive par Alice Desbiolles. L’éco-anxiété peut être « une boussole pour s’épanouir, à condition de la canaliser et la transcender ».

« Le seul moyen de faire disparaitre cette éco-anxiété serait que ses causes disparaissent », et donc que les moyens nécessaires au niveau international soient mis en œuvre pour contrer les changements climatiques.

Lâcher prise, sans renoncer

Selon Alice Desbiolles et Charline Schmerber, il existe des solutions simples pour, sinon se libérer de l’éco-anxiété, au moins l’atténuer.

Le « lâcher prise, sans renoncer » est primordial, insiste Alice Desbiolles. C’est-à-dire apprendre à se déconnecter des informations anxiogènes, sans toutefois renoncer à une certaine forme d’engagement dans son quotidien. Selon Charline Schmerber l’éco-anxiété peut même pousser certaines personnes à entrer en mouvement, à s’engager.

La reconnexion avec la nature, avec soi-même et le présent sont également bénéfiques afin de se rappeler de la beauté de notre environnement et de garder espoir, tout en maintenant sa santé physique et mentale.

Charline Schmerber souligne l’importance de restaurer le lien avec les autres humains afin de mettre l’accent sur la sécurité relationnelle, mais aussi avec le reste du Vivant afin de retrouver sa juste place dans l’écosystème.

Le Dr Desbiolles rappelle à son tour l’importance de ne pas « hyper-anticiper », ni de « s’hyper-culpabiliser », c’est-à-dire endosser la responsabilité de ce sur quoi on ne peut pas agir en tant qu’individu.

Les différents conseils pour faire face à ces éco-anxiétés sont détaillés dans l’ouvrage d’Alice Desbiolles « Éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé »[3], un livre qui analyse autant qu’il soigne.

Vous retrouverez également plus d’informations sur le sujet à travers les différents podcasts auxquels a participé Charline Schmerber :

 

[1] Plus d’informations dans la récente étude de The Lancet : Ecological grief and anxiety: the start of a healthy response to climate change? (2020)

[2] L’éco-anxiété se distingue de la solastalgie par la temporalité de l’expérience de souffrance vécue. Tandis que l’éco-anxiété est prospective, la solastalgie est rétrospective, proche de la nostalgie, dans une évaluation de ce qui a été perdu ou dégradé.

[3] Dr. Alice Desbiolles, « L’éco-anxiété. Vivre sereinement dans un monde abîmé », Éd. Fayard, septembre 2020

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