Ils sont 6 millions, sur une population de 20 millions, à souffrir de faim aiguë en Somalie. La sous-alimentation frappe plus de la moitié de la population (56,5 %), selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
C’est l’une des crises humanitaires les plus graves et les moins connues de notre époque.
La situation est d’autant plus critique que le Programme alimentaire mondial (PAM) n’est en mesure d’aider que 600 000 personnes, alors que près de 2 millions d’enfants sont touchés par la malnutrition aiguë ou sévère. Un fléau mortel.
Trois facteurs expliquent cette crise, de même que l’indifférence dans laquelle elle se produit : un choc climatique devenu permanent, plus de trois décennies de conflit armé et la baisse drastique de l’aide internationale.
Choc climatique permanent
La Somalie est piégée depuis des années par un dérèglement climatique extrême. La sécheresse actuelle aggrave encore plusieurs mauvaises saisons des pluies. Les puits sont à sec et les têtes de bétail meurent par milliers.
L’ONU et l’Organisation météorologique mondiale (OMM) ont en outre alerté sur un épisode El Niño de très forte intensité pour la fin de l’année 2026 et le début de 2027 qui va frapper la Corne de l’Afrique. Des inondations majeures sont redoutées en Somalie lors de la saison des pluies, d’octobre à décembre.
Plus de 700 000 personnes ont déjà été forcées de fuir leurs villages depuis le début de l’année pour rejoindre des camps en périphérie de Mogadiscio ou de Baidoa. Un Somalien sur cinq est déplacé dans son propre pays – un total de près de 3 millions de personnes, indique le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR).
La Somalie ravagée par 35 ans de conflit armé
L’instabilité politique et sécuritaire continue de paralyser le pays, en situation de guerre civile permanente depuis la chute du régime de Siad Barré en 1991. Outre les conflits entre clans rivaux, le gouvernement central somalien mène depuis 2006 une guerre d’usure contre le groupe islamiste armé Al-Shabaab, qui contrôle de vastes portions du territoire.
À ce conflit s’ajoutent de récentes crises politiques internes liées à des réformes constitutionnelles, accentuant les affrontements armés à Mogadiscio, la capitale.
Les combats, les routes minées, l’imposition de taxes informelles par les milices et l’insécurité permanente rendent l’acheminement de la nourriture et des vaccins extrêmement dangereux et coûteux.
Début août, des combats à Baidoa ont empêché l’ONU d’apporter une aide nutritionnelle à environ 5 000 enfants. Lorsque les familles ne parviennent plus à se nourrir, a alerté Carl Skau, directeur exécutif par intérim du PAM, « leur désespoir facilite le recrutement des jeunes les plus vulnérables par les groupes armés et les réseaux criminels ».
Le Conseil de sécurité avait reconnu cet engrenage dès 2018, avec l’adoption à l’unanimité de la résolution 2417 sur les conflits et la faim. « Le cercle vicieux se poursuit », a constaté António Guterres, le Secrétaire général.
Le recul historique de l’aide internationale
C’est le paradoxe le plus cruel de cette crise : alors que les besoins explosent, le financement de l’aide humanitaire s’est effondré.
En raison de coupes budgétaires majeures de la part des grands donateurs internationaux et du détournement de l’attention mondiale vers d’autres conflits, le plan de réponse humanitaire de l’ONU affiche un déficit de financement de 70 %. Et ce, alors que le plan de réponse a réduit les appels de 40 % pour 2026.
Entre janvier et juin 2026, 380 centres de santé ont fermé ou réduit leurs services, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Le PAM a dû suspendre l’aide alimentaire d’urgence pour des centaines de milliers de personnes vulnérables.
Les coupes de financement ont déjà entraîné la réduction de 30 % de la couverture des services de santé et de nutrition. Et l’ampleur potentielle de nouvelles perturbations est alarmante. Dans les scénarios de financement les plus défavorables, jusqu’à 618 centres de santé pourraient fermer à l’échelle nationale, selon l’OMS.
Des conséquences dramatiques pour les Somaliens
La malnutrition infantile atteint des taux records jamais observés depuis cinq ans.
Entre janvier et juin 2026, la Somalie a enregistré une hausse de 32 % du nombre d’enfants admis dans des centres de stabilisation pour y être pris en charge pour une malnutrition aiguë sévère accompagnée de complications, par rapport à la même période l’année dernière.
La réduction des taux de vaccination due au manque de moyens favorise le retour d’épidémies mortelles comme la rougeole, la coqueluche et le choléra.
« Moins de centres de santé implique des trajets plus longs pour les mères et leurs bébés ; des trajets plus longs impliquent des traitements plus tardifs ; des traitements plus tardifs entraînent des maladies plus graves et un risque accru de décès qui pourraient être évités », a déclaré en août dernier James Elder, porte-parole de l’UNICEF.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les crises qui frappent la Somalie ne montrent aucun signe d’apaisement.
Un épisode El Niño d’une intensité record pourrait encore aggraver la situation, avec de graves inondations attendues dans les prochains mois. Pour l’UNICEF, ce n’est pas le moment de se désengager. « Protéger les enfants n’est pas une dépense facultative », a affirmé son porte-parole, avertissant que réduire une aide efficace aujourd’hui risque d’entraîner demain un coût bien plus lourd, en vies humaines, en sécurité et en ressources.
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