Myanmar : la crise des Rohingyas sur fond de guerre civile

Un minorité opprimée, un coup d’État, un tremblement de terre, une prix Nobel de la paix en prison et une pauvreté qui s’étend : Myanmar, anciennement Birmanie, traverse une longue série de crises.

Quel est le contexte de la crise ?

Le Myanmar a sombré dans la guerre civile à la suite du coup d’État de 2021, marqué par la détention des dirigeants civils élus, dont le président Win Mying et la cheffe du gouvernement Aung San Suu Kyi, prix Nobel de la paix. Le 30 avril dernier, la junte a annoncé que l’ancienne dirigeante, emprisonnée depuis cinq ans dans un lieu tenu secret, purgerait le restant de sa peine de prison assignée à résidence.

La guerre civile a aggravé la crise des Rohingyas, qui dure depuis plusieurs décennies.

Cette minorité musulmane vit depuis des siècles au Myanmar, principalement dans l’État de Rakhine, la région la plus pauvre. Malgré leur présence historique, les Rohingyas manquent d’une reconnaissance officielle en tant que communauté.

Ils sont très nombreux à n’avoir aucune identité légale, ni de citoyenneté. Depuis 1982, ils se voient en effet refuser l’accès à la nationalité, sous prétexte qu’ils seraient des immigrés illégaux venus d’ailleurs. Ce qui fait d’eux la plus grande population apatride au monde.

L’exode le plus important des Rohingyas s’est produit en août 2017, lorsque 742 000 personnes ont fui la répression militaire dans leur région en partant au Bangladesh. Des villages entiers ont été réduits en cendres, de nombreuses familles ont perdu la vie ou ont été séparées, et beaucoup se sont lancés dans de dangereux voyages en mer à travers le Golfe du Bengale, à la recherche de sécurité au Bangladesh.

Ce pays voisin abrite aujourd’hui près de 1,2 million de réfugiés, pour plus de la moitié des enfants, qui dépendent entièrement de l’aide humanitaire pour la protection, la nourriture, l’eau, l’abri et la santé.

En outre, 3,7 millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du Myanmar, pour l’essentiel depuis la prise de pouvoir par l’armée en février 2021. Des cycles de révolte et de répression ont suivi le coup d’État. Frappes aériennes, ciblage de civils, détentions arbitraires et campagnes de recrutement par l’armée continuent de déplacer les populations.

Le tiers des habitants, 54,5 millions de personnes, dont 24 % vivent sous le seuil national de pauvreté, a besoin d’aide humanitaire. Un tremblement de terre, en mars 2025, a affecté la sécurité alimentaire de 2 millions de personnes supplémentaires.

Quel est l’impact de la crise ? 

La crise a généré le plus grand camp de réfugiés au monde. Le site de Cox’s Bazar, au Bangladesh, comprend 33 camps abritant plus d’un million de réfugiés. La surpopulation y rend les conditions de vie éprouvantes pour les femmes et les enfants, qui font face à la faim, des risques élevés de violence, d’exploitation et de traite des êtres humains. L’habitat est précaire, en raison des inondations et glissements de terrain pendant la mousson.

Plus de cinq ans après la prise de pouvoir militaire en février 2021, le Myanmar reste confronté à une crise humanitaire urgente, affectant le tiers de sa population – environ 20 millions de personnes.

Depuis octobre 2023, les affrontements se sont intensifiés entre l’armée et les factions armées de l’opposition.

Selon le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, pas moins de 7 100 personnes ont été tuées par l’armée entre le putsch de 2021 et août 2025, pour le tiers des femmes et des enfants. Au moins 29 560 personnes ont été détenues pour des raisons politiques, et 22 000 d’entre elles restent en détention sans garantie de procès équitable. Les frappes aériennes ont tué au moins 982 civils en 2025, une augmentation de 53% par rapport à 2024.

La situation a permis à des trafics illicites de prospérer. Le pays est devenu une plaque tournante de la production de méthamphétamine et d’opium, mais aussi une plateforme en essor pour des opérations mondiales d’escroqueries en ligne.

Camp de réfugiés de Hakimpara, Ukhia, Cox’s Bazar, Bangladesh
Camp de réfugiés de Hakimpara, Ukhia, Cox’s Bazar, Bangladesh © OCHA/Vincent Tremeau

L’ONU documente les violations des droits humains 

L’ONU joue pleinement son rôle au Myanmar pour documenter les violations des droits humains, en vue d’établir la justice, via le Mécanisme d’enquête indépendant pour le Myanmar (IIMM).

Basé à Genève, il a été créé par le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies (HCDH) en 2018 pour recueillir et analyser les preuves des crimes internationaux les plus graves depuis 2011. Il vise à faciliter la justice et la responsabilisation en préparant des dossiers qui peuvent être utilisés par les autorités, y compris la Cour pénale internationale (CPI), pour poursuivre des individus devant des tribunaux nationaux, régionaux et internationaux.

En novembre 2024, le procureur de CPI a lancé un mandat d’arrêt contre le général Min Aung Hlaing, chef du régime militaire du Myanmar, pour des crimes contre l’humanité commis à l’encontre des Rohingyas.

La CPI a autorisé une enquête dès novembre 2019, qui se concentre sur les actes de violence dans l’État de Rakhine et le transfert forcé de personnes vers le Bangladesh.

La Cour internationale de Justice (CIJ), le plus haut tribunal de l’ONU, a été saisie en novembre 2019 par la Gambie, accusant la Birmanie de violer la Convention de 1948 sur le génocide. Les audiences ont eu lieu, un verdict est attendu.

La réponse de l’ONU sur le plan humanitaire 

Le Myanmar est en train de sombrer dans l’oubli. Le financement humanitaire s’avère très insuffisant, le plan d’intervention pour 2025 n’étant financé qu’à hauteur de 12%. Le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) avait besoin de 88,3 millions de dollars pour financer son intervention au Myanmar en 2025, mais n’avait reçu en septembre 2025 que 33% de ce montant.

Le montant requis pour le Plan conjoint de réponse à la crise des réfugiés Royinghas au Bangladesh, en partenariat avec 11 agences de l’ONU et une centaine d’ONG, s’élevait à 934,5 millions de dollars en 2025. Un appel qui est resté lui aussi sous-financé à 50%, en raison des coupes budgétaires dans l’aide internationale des principaux pays donateurs.

Le Rapporteur spécial sur la situation des droits de l’homme au MyanmarTom Andrews, a publié plusieurs déclarations appelant à une action internationale coordonnée qui soutienne les efforts du peuple du Myanmar.

 

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