Il n’y a guère que le président des États-Unis et quelques affiliés pour nier en bloc l’existence du changement climatique. Il n’empêche, plus subtilement, la désinformation continue, notamment en France, sur les réseaux sociaux mais aussi dans les médias traditionnels.
Le 22 octobre, au moment même où le Secrétaire général de l’ONU appelait à lutter contre la désinformation climatique, sortait en France un rapport dénonçant l’importance encore tenue par la désinformation sur le climat dans les médias audiovisuels traditionnels.
Ce rapport, publié conjointement par Data For Good, Science Feed back et Quota climat, montre comment certains médias propagent à grande échelle des informations fausses ou biaisées afin de discréditer les solutions au réchauffement climatique.
Un nouveau déni climatique
Il s’agit moins de nier la réalité du réchauffement, même si cela existe encore, que de désinformer sur l’impact de ce phénomène, ses causes et les moyens d’y remédier. Ce que les auteurs du rapport appellent un « nouveau déni climatique ». « Les attaques ciblent la faisabilité, l’efficacité ou la légitimité des politiques climatiques », notent les auteurs du rapport.
Pendant huit mois, entre janvier et août 2025, ces trois ONG ont cartographié cette désinformation et ont repéré 529 cas de mésinformation climatique et 19 narratifs de désinformation.
La mésinformation est définie par l’absence de volonté démontrée de nuire, pouvant donc relever de l’erreur, ou de la perméabilité à des récits trompeurs. Quant à la désinformation, elle est volontaire et recours à des affirmations fausses ou trompeuses
Ces narratifs portent sur trois domaines principaux : l’énergie, dont les énergies renouvelables (70%), la mobilité, dont la voiture électrique ou les zones à faibles émissions (10%) et l’action de la France dans l’action climatique mondiale (9%).
L’audiovisuel public plus fiable que le privé
L’audiovisuel public (France Télévisions et Radio France) et les chaînes de télévision généralistes (TF1 et M6) constituent « les remparts les plus actifs contre la désinformation », selon l’étude. C’est dans ces médias qu’apparaissent le plus rarement les fausses informations sur le climat. L’audiovisuel public est 6 fois moins touché par la désinformation que les médias privés.
Les chaînes d’info en continu BFMTV et LCI sont, elles, considérées comme perméables à la désinformation. Tandis que Sud Radio, CNews, Europe 1 et RMC en sont des relais proactifs. CNews compte le plus de cas (148) et Sud Radio le plus de cas par heure d’antenne sur les sujets climatiques (un cas toutes les 40 minutes).
« L’analyse des plus de 500 affirmations détectées montre que l’inexactitude ou la fausseté de l’information climatique ne s’explique pas par de simples défaillances ponctuelles dans la production d’information. La répétition marquée de certains narratifs de désinformation, en résonance avec les principaux récits observés à l’échelle mondiale, suggère qu’il s’agit d’une amplification systémique », peut-on lire dans le résumé du rapport.
Les énergies renouvelables, cibles de la désinformation
Le plus courant de ces récits tronqués ou faux est celui qui affirme que les énergies renouvelables font exploser le coût de l’électricité, suivi de l’argument selon lequel le énergies renouvelables sont inefficaces car intermittentes ou que l’État consacre bien trop d’argent à ce domaine… Autant de contre-vérités diffusées auprès du grand public.
Science Feedback sur son site a répertorié ces fausses informations ou mésinformations, sujet par sujet et y répond avec des faits et données scientifiques. L’UNESCO propose de son côté une formation gratuite en ligne, en anglais.
Élaboré avec la contribution de climatologues, de militants, de vérificateurs de faits et d’experts en communication, le cours se compose de cinq modules visant à :
- Renforcer la compréhension du changement climatique et l’importance d’identifier et de faire confiance aux données factuelles et scientifiques.
- Développer la pensée critique et les compétences en vérification des faits pour évaluer l’information climatique provenant de diverses sources.
- Encourager les citoyens à devenir compétents en matière d’éducation aux médias et à l’information et à plaider en faveur d’une action climatique positive et éclairée.
