Les cigarettes électroniques jetables, les « puffs », sont une double bombe à retardement : sanitaire, car leur utilisation n’est pas sans danger, et écologique car elles génèrent des tonnes de déchets.
Ces « cigarettes » sont particulièrement populaires chez les jeunes. Des couleurs attractives, des goûts variés et sucrés, menthe, fruits rouges, barbapapa… elles sont destinées avant tout à un public jeune qui rapidement sera pris au piège de la nicotine, substance hautement addictive.
Il y a, selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), une véritable stratégie marketing de la part des fabricants, souvent des cigarettiers traditionnels, visant un public jeune.
« Les arômes alimentent une nouvelle vague de dépendance et devraient être interdits », a déclaré le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. « Ils compromettent des décennies de progrès dans la lutte antitabac. Sans une action audacieuse, l’épidémie mondiale de tabagisme, qui tue déjà environ 8 millions de personnes chaque année, continuera d’être alimentée par la dépendance habillée d’arômes attrayants ».
Une crise sanitaire chez les jeunes
Leur utilisation augmente les risques de développer une inflammation des voies respiratoires. Chargées en nicotine, ces cigarettes électroniques jetables créent une dépendance rapide, souvent plus insidieuse que celle des cigarettes classiques. Elles peuvent être une porte d’entrée vers le tabagisme. Plus la consommation commence tôt, plus le sevrage est difficile.
La consommation chez les jeunes est alarmante. Entre janvier 2021 et avril 2022, plus d’un jeune sur deux s’est mis à fumer des « puff » au Royaume-Unis, d’après une étude de l’université d’Oxford. « En l’espace de 15 mois, leur popularité auprès des jeunes de 18 ans est passée de 0,4 % à 54,8 % », peut-on lire dans cette étude.
En 2022, selon les estimations, 12,5 % des adolescents de la Région européenne de l’OMS, soit 53 pays, fumaient des cigarettes électroniques. Cette consommation est légèrement plus basse dans les pays de l’Union européenne avec 6,5 %, ce qui reste inquiétant.
Des études épidémiologiques démontrent que l’utilisation de la cigarette électronique multiplie par trois la consommation par rapport à des cigarettes traditionnelles, en particulier chez les jeunes non-fumeurs, rapporte l’Organisation mondiale de la Santé.
Si leurs effets à long terme sur la santé ne sont pas entièrement connus, nous savons toutefois que ces produits génèrent des substances toxiques, dont certaines sont à l’origine de cancers et d’autres augmentent le risque de troubles cardiaques ou pulmonaires, indique l’OMS.
Les « puff » électroniques ont également été associées à un certain nombre de lésions corporelles, y compris des brûlures dues à des explosions ou à des dysfonctionnements, lorsque les produits ne répondent pas aux normes attendues ou sont altérés par les utilisateurs.
Une catastrophe environnementale
Les cigarettes électroniques jetables sont également un fléau écologique. Elles combinent tout ce qu’un objet à usage unique peut produire de pire : plastique non recyclable, métaux lourds, sels de nicotine et surtout batteries au lithium, petites mais hautement polluantes.
Environ 1,3 million d’appareils sont jetés au Royaume-Uni chaque semaine, selon l’étude d’Oxford. Elles sont pourtant difficiles à recycler et finissent souvent jetées dans la nature, ce qui pollue les sols et les eaux. Leur composition est dangereuse pour l’environnement, notamment pour la biodiversité.
Les batteries au lithium des cigarettes électroniques polluent les rivières avec du nickel, du cobalt et d’autres substances toxiques. Pourtant, ces batteries sont souvent encore en très bon état, et pourraient être recyclées et réutilisées. Les batteries sont aussi inflammables et peuvent provoquer des incendies.
Des législations encore insuffisantes
La Belgique et la France ont interdit la vente de ces « puffs » depuis le début de l’année 2025. Le Royaume-Uni suivant cette dynamique devrait le faire d’ici fin juin.
La Belgique a été pionnière. La mesure, entrée en vigueur le 1er janvier 2025, fait en réalité partie d’un grand plan national antitabac, intitulé « Génération sans tabac » qui vise à réduire le plus possible, le tabagisme chez les 15-25 ans
En France, la loi interdisant les « puffs » a été promulguée le 24 février 2025. Elle interdit la vente, la distribution, l’offre gratuite et la détention en vue de vendre des cigarettes électroniques jetables.
La violation de cette interdiction est lourdement sanctionnée d’une amende de 100 000 euros maximum, et de 200 000 euros en cas de récidive. Soutenue par les associations de santé et d’environnement, cette mesure vise à protéger les jeunes et à limiter les conséquences écologiques.
Les cigarettes électroniques jetables ne sont pas interdites à l’échelle européenne.
En 2022, les données de la Région européenne de l’OMS ont révélé des lacunes importantes dans la protection des enfants contre les cigarettes électroniques. Seuls 4 pays interdisent tous les arômes dans ces cigarettes, tandis que 4 autres autorisent ou restreignent certains arômes. Seuls 11 pays interdisent toute forme de publicité, de promotion et de parrainage des cigarettes électroniques, contre 36 qui les interdisent partiellement et 6 qui ne les réglementent pas
A lire aussi:
- Le lobby du tabac s’en prend aux enfants et aux jeunes
- Tabac : les Européennes fument toujours trop (OMS)
- Alcool, cannabis, e-cigarette : consommation inquiétante chez les ados
- L’OMS appelle à prendre des mesures urgentes pour interdire les produits du tabac et à base de nicotine aromatisés
