ActualitésAlexandre Cornet : des vagues de surf aux méandres de la diplomatie

Alexandre Cornet : des vagues de surf aux méandres de la diplomatie

À Nice, Alexandre, 29 ans, n’aura probablement pas le temps de surfer. En contrat avec les Nations Unies, ce jeune expert français des questions maritimes participera à la conférence sur l’Océan, qu’il a contribué à organiser.

Vous êtes un JEA, un Jeune Expert Associé à l’ONU, qu’est-ce qui se cache derrière cet acronyme ?

alexandre cornet jea onu

Un JEA, ou Junior Professional Officer, est un ou une jeune professionnel/le exerçant au sein d’une organisation internationale. Le JEA est recruté au titre d’une expertise reconnue dans un domaine donné. Son contrat est financé par un État Membre.

Le travail du JEA doit à la fois répondre aux priorités de l’organisation qui l’emploie et à l’État qui finance le poste. Cela permet aux jeunes professionnels de poursuivre le développement de leur expertise et d’approfondir leur expérience de la coopération multilatérale.

Ces contrats peuvent également permettre, pour celles et ceux qui le souhaitent, de continuer à construire une carrière internationale. 

Vous travaillez à l’ONU au sein de DESA, encore un acronyme… Vous nous expliquez ?

DESA signifie « Department of Economic and Social Affairs » ou « Département des affaires économiques et sociales ». Au sein du Secrétariat des Nations Unies, DESA est mandaté pour assurer la mise en œuvre du pilier développement des Nations Unies.

Ce département est notamment chargé du suivi des 17 Objectifs de développement durable (ODD). DESA produit des rapports, traite et analyse des données, appuie les processus intergouvernementaux liés à son mandat tels que ceux du Conseil économique et social ou de l’Assemblée générale.

Quelles études avez-vous faites avant d’intégrer ce programme ? Aviez-vous déjà une expérience professionnelle ?

Je suis titulaire de deux masters en relations internationales, obtenus à l’Institut d’Études Politiques (IEP) de Rennes et au Département d’Études Interdisciplinaires du Collège d’Europe. J’ai également suivi une Préparation Militaire Supérieure Marine, formation initiale des officiers de réserve de la Marine nationale française.

Quand j’ai débuté comme JEA à l’ONU, j’avais 5 ans d’expérience professionnelle : deux contrats comme « Ocean Policy Officer » auprès du Bureau de politique européenne du WWF à Bruxelles, Rédacteur « Protection Internationale des Océans » au Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères, et chef de projet européen en planification de l’espace maritime au sein de la direction Mer du Cerema, un centre d’études et d’expertise rattaché au Ministère français de la Transition Écologique. J’assurais également déjà des cours sur les politiques maritimes à l’IEP de Rennes.

Pour compléter ces expériences à terre, en 2024, j’ai eu la chance de pouvoir être formé et embarquer sur des bateaux-écoles comme réserviste au sein d’une unité de la Marine nationale. Plus tôt, mes stages étudiants m’avaient déjà permis d’acquérir de premières expériences professionnelles valorisantes en Afrique du Sud, à Hong Kong et au sein d’une Préfecture maritime.

D’où vous vient votre passion pour les océans ? 

J’ai grandi au sein d’une famille de marins, sur les côtes bretonnes. En parallèle des récits de voyage en mer, j’ai eu la chance de grandir en contact immédiat avec l’océan. Cette histoire familiale, la pratique du surf mais aussi le simple contact immédiat et quasi quotidien de ce milieu ont fait naître une passion pour la mer, et sa préservation. À la fin de mes études, j’ai pu transformer cette passion en vocation professionnelle, qui me permet aujourd’hui de vivre une carrière professionnelle épanouissante, et peu monotone ! J’aime aussi la richesse et la diversité des gens de mer et des communautés rencontrées à tous niveaux de cette carrière maritime, et trouve un véritable sens à pouvoir les servir utilement.

Quels sont les principaux projets sur lesquels vous travaillez en ce moment ? 

Le principal objectif de mon contrat est de participer à la préparation de la troisième Conférence des Nations Unies sur l’Océan (UNOC3), qui se déroulera à Nice du 9 au 13 juin 2015.

C’est un poste « couteau suisse », qui implique des missions diversifiées. Substantives tout d’abord, sollicitant mon expertise maritime, par exemple dans l’appui à la rédaction de notes de fond. Diplomatiques et multilatérales, ensuite, par exemple en assurant pour DESA des tâches de Secrétariat et d’appui aux négociations. Opérationnelles, enfin, en appui au volet logistique de l’UNOC3. Je soutiens également le Département dans ses autres missions liées à la mise en œuvre de l’ODD 14 (consacré à la vie aquatique). J’ai par exemple récemment organisé une réunion technique mobilisant près de 80 experts océan dans l’objectif d’informer le Forum politique de haut niveau (HLPF) prévu en juillet 2025 à New York.

alexandre cornet jea onu sur un bateau dans l'océan

Justement au sujet de la conférence des Nations Unies sur l’Océan pour vous quel est le point d’accord le plus important qu’il faudrait atteindre à l’issue de ce sommet ?

La mise en œuvre intégrale des objectifs fixés par les différentes cibles de l’ODD 14 est l’enjeu premier de la Conférence sur l’Océan. De nombreux progrès ont été effectués ces dernières années pour la conservation et l’utilisation durable des océans, tels que l’adoption du Traité sur la biodiversité marine des zones ne relevant pas de la juridiction nationale, dit « BBNJ », mais aussi des avancées parfois moins connues du grand public, comme l’Accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les subventions à la pêche de 2022, ou les dispositions s’appliquant à la mer et aux littoraux au sein du nouveau Cadre mondial de la biodiversité.

Mais tant reste à faire : la santé de notre océan continue de se dégrader face à l’utilisation non durable de ses ressources, la destruction de ses milieux, les pollutions ou le changement climatique, tandis que l’ODD 14 est à ce jour le moins financé des objectifs de l’Agenda 2030. Le thème de cette Conférence portera ainsi à raison sur les moyens d’actions. Au-delà du fond, cette Conférence devra également permettre de réaffirmer, sur la forme, le rôle premier du multilatéralisme. Les défis auxquels font face les océans s’affranchissent des frontières.

Quels conseils donneriez-vous aux jeunes qui souhaitent s’impliquer dans la protection des océans et suivre une carrière similaire à la vôtre ?

Je leur dirais de ne pas hésiter ! Les carrières maritimes sont en pleine expansion, je vois une nette différence en comparaison avec ma sortie d’études. Je leur dirais aussi que si les carrières de Mer peuvent faire peur par une forme de « spécialisation », elles offrent en réalité une large palette de métiers, dont beaucoup s’inventent encore aujourd’hui. Il y a de la place pour tous les profils.

Les carrières maritimes sont aussi remplies de passionné/es, prêts et prêtes à transmettre ; le plus dur pouvant être de se jeter à l’eau en sortie d’études avec le sentiment d’être peu ou pas légitime dans ces domaines parfois très techniques. Qui plus est, les carrières publiques, y compris au niveau international, sont de plus en plus basées sur des postes à durée déterminée, relativement courts.

Se spécialiser, c’est non seulement se créer un profil plus singulier et moins facilement interchangeable, mais c’est aussi s’ouvrir des portes en dehors d’organisations internationales qui n’offrent plus de carrière « à vie ». À DESA, je suis un fonctionnaire … sous contrat ! Il ne faut pas non plus hésiter à changer d’échelle, et ne pas craindre d’aller faire du « terrain », sous toutes ses formes, y compris et parfois surtout loin des capitales et ce même dans la perspective d’une carrière internationale, car on y apprend beaucoup.

Je conseillerais de garder l’esprit ouvert et curieux, car la Mer est un milieu professionnel qui favorise par essence le lien et la rencontre avec l’autre, qu’il s’agisse d’altérités de fonction, d’expertise, géographique, sociale, culturelle, etc., et dont on ne finit jamais vraiment d’apprendre ! Autant de choses qui valent aussi pour les carrières en organisations internationales.

Enfin, ne jamais négliger l’importance de parfois retourner mettre les pieds dans le sable, une session de surf, de plongée ou de voile, pour revenir aux essentiels et garder la motivation dans des contextes qui peuvent être éprouvants. Un marin que j’admire beaucoup a l’habitude de dire aux jeunes qu’il emmène naviguer, en citant un autre, « Débrouillez-vous pour être heureux » ; et d’ajouter avec sagesse : « … Et restez droit dans vos bottes ! ».

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