La désinformation concernant les migrations se propage rapidement, amplifiée par l’intelligence artificielle (IA). Elle transforme les inquiétudes de la population en méfiance et contribue à stigmatiser les migrants.
C’est l’avertissement lancé par Amy Pope, directrice générale de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), à l’ouverture le 2 novembre 2026 à Genève du Dialogue international sur les migrations (IDM).
Ce message trouve une résonance particulière en France, après l’attaque terroriste, raciste et islamophobe perpétrée le 23 octobre 2026 à Trappes et La Verrière (Yvelines) par un tireur embusqué dans sa voiture.
L’attaque a provoqué la mort d’une personne — Pengo Bossio Wangi, un Français de 26 ans originaire de la République démocratique du Congo — et a fait sept blessés, dont quatre graves, incluant une jeune fille de 11 ans.
Des agressions se produisent dans de nombreux autres pays, ailleurs en Europe, aux Amériques, en Asie et jusqu’en Afrique du Sud. Les Nations Unies expriment régulièrement leur inquiétude face à la montée de la haine en ligne et hors ligne, qui se traduit par des assauts physiques directs contre des migrants et des réfugiés.
Des risques accrus pour les migrants
Dans un contexte marqué par l’incertitude économique, les conflits et les changements climatiques, la confiance du public dans la gestion des migrations s’érode, a expliqué Amy Pope.
L’OIM met en garde contre les discours faux et trompeurs concernant les migrants, diffusés par les réseaux sociaux et l’IA générative. Ils ont pour conséquence très concrète d’exposer les migrants à des risques accrus tout au long de leurs parcours.
Cependant, « les préoccupations des populations sont réelles et nous devons les prendre au sérieux, a déclaré Amy Pope. Nous devons également faire preuve d’honnêteté quant aux insuffisances de nos systèmes. Les faits et les chiffres, à eux seuls, ne suffiront pas à rétablir la confiance du public. Les institutions doivent être à l’écoute et agir, même lorsque ce qu’elles entendent est difficile à accepter. »
L’aspect positif des migrations passe au second plan
Plus de 304 millions de personnes, soit 3,7 % de la population mondiale, vivent actuellement en dehors de leur pays de naissance, dont 168 millions de travailleurs migrants.
Près de la moitié des migrants internationaux sont des femmes et des filles, souvent plus exposées aux discriminations, aux abus et à l’exploitation.
Les transferts d’argent des migrants bénéficient à environ un milliard de personnes, soit près d’une personne sur huit dans le monde, en contribuant au financement de l’alimentation, de l’éducation et des soins de santé.
Ils contribuent aux avancées des Objectifs de développement durable (ODD) et représentent, avec plus de 905 milliards de dollars en 2024, des montants plus importants que l’aide internationale et les investissements privés. Ces aspects positifs passent de plus en plus au second plan.
Le contexte, par ailleurs, est aussi marqué par la baisse drastique des financements consacrés au développement et à l’aide humanitaire. Quant aux tensions géopolitiques, elles fragilisent la coopération internationale.
Trois priorités d’action sur les migrations
Amy Pope a appelé à l’action dans trois domaines.
- Renforcer la coopération entre pays situés sur les mêmes routes migratoires. L’objectif : développer les voies de migration régulières, améliorer la protection des migrants, garantir une gestion humaine des frontières et favoriser des retours dans la dignité.
- Investir dans les communautés vulnérables aux changements climatiques, surtout quand elles sont confrontées à des inondations répétées et à la baisse des récoltes. L’objectif est de permettre aux populations de rester dans leur région quand c’est possible et de migrer en sécurité lorsque c’est nécessaire.
- Utiliser des données fiables et écouter les personnes concernées. Les technologies doivent protéger les informations personnelles et empêcher les biais et les discriminations.
« La confiance se gagne pas à pas, a souligné Amy Pope. Chaque accord que nous respectons et chaque personne que nous traitons équitablement renforcent la coopération. »
LIENS UTILES
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