ActualitésPréserver l’eau : un défi urgent mais pas impossible

Préserver l’eau : un défi urgent mais pas impossible

Une crise de l’eau se profile en France cette année, avec un épuisement des ressources dû à la sécheresse. L’information circule mais la prise de conscience des menaces à court, moyen ou long terme est encore lente.

« Tant que de l’eau potable coule de nos robinets, nous avons du mal à prendre la mesure du défi », explique Emma Haziza, hydrologue, lors d’un entretien avec UNRIC avant la  Conférence des Nations Unies sur l’eau 2023 qui se déroule à New York du 22 au 24 mars.

Emma Haziza est spécialiste du cycle de l’eau en milieu continental, et aborde plus particulièrement la question de l’eau via les extrêmes climatiques : inondations, sécheresse et disparition des nappes phréatiques. 

À travers son centre de recherche Mayane, elle travaille sur l’adaptation des villes face aux changements climatiques. Emma Haziza fait également beaucoup de pédagogie pour le grand public, notamment sur France Info dans sa chronique « Un degré de conscience »

Sécheresse, une situation tendue en France

Depuis l’été dernier, la France est victime d’épisodes de fortes chaleurs provocant des sécheresses et donc un épuisement des ressources en eau. Certaines régions pourraient connaître des pénuries en eau potable. 

« Certaines villes décident de stopper les permis de construction, car elles ne peuvent pas assurer l’eau pour plus de population, et ça c’est quelque chose d’inédit », constate Emma Haziza. Actuellement, il y a deux zones très sensibles dans le pays : les Pyrénées orientales et le Var, qui atteignent déjà des niveaux d’aridité très importants pour la France.

Déjà à l’été 2022, plus de 1300 communes se sont retrouvées avec des problèmes d’alimentation en eau potable, une grande première. La dernière fois que cela s’est produit (en 2005), seulement deux communes étaient concernées. On voit l’accélération de la sécheresse. Le manque de pluie de cet hiver laisse présager un été particulièrement difficile. 

La sécheresse a une autre conséquence que le manque d’eau : les inondations. En effet l’eau de pluie, quand enfin elle arrive, ne peut s’infiltrer dans les sols devenus trop secs et compactés. Cela provoque des accumulations, ruissellements et inondations. 

L’épuisement des nappes phréatiques

 Autre danger que souligne Emma Haziza : le niveau des nappes phréatiques dans lesquelles l’eau est puisée. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ces nappes ne sont pas renouvelables. En tout cas, pas rapidement, ni facilement. « Certaines nappes sont tellement pillées qu’il faudrait  2000 à 10 000 ans de pluie pour qu’elles se renouvellent », explique Mme Haziza.

De forts orages ne suffisent donc pas à remplir les nappes. Emma Haziza donne l’exemple de la Californie : cet État américain vient de vivre ses plus grosses inondations de son histoire, mais ses nappes n’ont pas été rechargées, les sols compactés par la sécheresse, ont empêché l’eau de s’infiltrer. 

Outre la surexploitation et l’impact des sécheresses, les nappes phréatiques sont aussi menacées par la pollution. La quantité de pesticides présente dans ces nappes pourrait avoir de graves conséquences, notamment sur la santé publique. « En France, nous avons des captages d’eau que nous nous pouvons plus utiliser car trop pollués par les pesticides. » 

Un mode de consommation gourmand en eau

Notre modèle de société repose sur une grande consommation d’eau potable qui menace directement cette ressource. L’eau douce ne représente que 4% de l’eau disponible. 

Notre modèle agricole est très consommateur en eau, « Une kilocalorie d’origine animale utilise 4 fois plus d’eau qu’une kilocalorie végétale. En réalité, notre bétail mange beaucoup, boit abondamment, mais c’est aussi toute la chaîne de fabrication de la viande qui consomme beaucoup d’eau. »

L’hydrologue rappelle que nous consommons également beaucoup d’eau à travers notre surconsommation du quotidien. Prenons l’exemple du textile, la production d’un seul jean consomme près de 11 000 litres d’eau. La production de coton dans des zones particulièrement chaudes risque de poser de sérieuses pénuries en eau.

Des solutions pour préserver notre eau

« Il y a une urgence à rendre nos terres fertiles, à travailler sur une agriculture régénératrice, à transformer notre modèle agricole », prévient l’hydrologue pour qui « la situation actuelle n’est pas soutenable ».

L’ONU a lancé en 2021 la « décennie pour la restauration des écosystèmes » et depuis 2014 existe une Journée mondiale des sols.  La FAO, agence de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture, estime que 33% des sols sont dégradés. De leur qualité dépend notre capacité à produire de la nourriture mais aussi à maintenir les ressources en eau.

À l’échelle individuelle, plusieurs actions peuvent être mises en œuvre pour réduire son impact : changer son alimentation en consommant moins de produits gourmands en eau, comme la viande rouge,  permettre à la nature de se réapproprier de l’espace (débétonner, végétaliser, préserver,) mais aussi réduire l’usage des pesticides pour  garantir la qualité des ressources en eau. Plus largement, que ce soit pour la préservation des ressources en eau, ou autres actions pour la santé de la planète et des hommes : moins consommer, mieux consommer.

Voir aussi : Gestion de l’eau : quand la pluie contraint des villes à innover

 

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