Deux sur trois jeunes adultes (entre 18 et 30 ans) ont connu au moins une expérience traumatique ou fortement stressante durant l’enfance, selon un nouveau rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui porte sur l’Union européenne (UE), l’Islande et la Norvège.
L’OMS estime que 40 % de tous les adultes dans la région Europe ont connu au moins une épreuve dans l’enfance.
Parmi les jeunes concernés, 23 % ont traversé quatre expériences négatives ou plus, avec de lourdes conséquences sur leur santé mentale et physique, leur éducation, leur situation sociale et leur comportement.
« Ce que l’on oublie souvent, c’est l’ampleur du phénomène, a déclaré le Dr Natasha Azzopardi-Muscat, directrice de la division Systèmes de santé à l’OMS Europe. Il ne s’agit pas d’une minorité restreinte qui n’aurait pas eu de chance ».
Qu’est-ce qu’une « expérience négative de l’enfance » ?
Il s’agit d’expériences liées à la maltraitance, la négligence, au dysfonctionnement familial ou à l’exposition à la violence.
L’enquête a été menée auprès de 26 700 personnes entre novembre 2025 et janvier 2026, financée par l’UE et faite en partenariat avec l’Université de Liverpool John Moores.
Elle intervient dans un contexte de hausse des troubles mentaux de 21 % sur les 20 dernières années dans les pays de l’OCDE, rappelle le rapport.
Aujourd’hui, un Européen sur cinq présente des troubles mentaux, et les expériences négatives analysées par le rapport font partie des causes étudiées par les experts.

Qui sont les personnes les plus touchées ?
La séparation ou la mort des parents, qui frappe toutes les catégories sociales, est le traumatisme le plus courant, cité par 39 % des personnes interrogées.
Des facteurs économiques, sociaux et de genre sont aussi à l’œuvre : les plus concernées par les expériences négatives sont les jeunes femmes, les personnes appartenant à une minorité ethnique ou ayant un statut de migrant, et celles ayant connu les plus grandes privations matérielles durant l’enfance.
33 % des jeunes femmes répondent avoir subi des abus sexuels, contre 25 % des jeunes hommes. Près de 52 % des jeunes adultes issus des milieux les plus pauvres ont été témoins de violences conjugales lorsqu’ils étaient mineurs.
Dix fois plus de risques de se livrer à la violence
Anxiété, dépression, addictions, pensées suicidaires et passage à l’acte… L’accumulation des traumatismes entraîne aussi un moindre niveau de confiance envers autrui et un plus faible sentiment d’appartenance.
Plus des trois quarts des jeunes adultes ayant signalé quatre expériences négatives ou plus ont eu besoin d’un psychologue ou d’un psychiatre au cours des 12 derniers mois, contre 37 % de ceux n’ayant connu aucune expérience négative.
Les jeunes ayant traversé le plus d’épreuves ont six fois plus de risques de subir de la violence physique et 10 fois plus de risques de s’y livrer eux-mêmes.
Que faire ?
L’OMS insiste sur la prévention, en soutenant les familles et en s’attaquant aux facteurs tels que la pauvreté, l’exclusion sociale et la violence.
Les relations bienveillantes font une grande différence. Le rapport établit un lien direct entre la présence d’adultes apportant un soutien et une meilleure santé mentale.
Enfin, l’OMS appelle à adapter les services publics pour qu’ils prennent en compte les traumatismes, afin que les systèmes de santé, de services sociaux, d’éducation et de justice sachent identifier et aider les personnes touchées par l’adversité durant l’enfance.
Tous ces leviers d’action peuvent contribuer à briser le cycle avant qu’il ne se transmette à la génération suivante.
LIENS UTILES
Europe : les violences faites aux femmes, une question de santé publique
Éco-anxiété : quand les changements climatiques impactent la santé mentale
