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Un hiver de mécontentement se profile, alerte António Guterres

António Guterres a prévenu les chefs d’Etats réunis pour l’Assemblée générale de l’ONU, que l’hiver serait celui du mécontentement, citant, la crise du coût de la vie, l’explosion des inégalités, la planète en feu, et l’effondrement de la confiance.

Pour lui « la Charte des Nations Unies et les idéaux qu’elle porte sont en péril ». « Nous avons le devoir d’agir », a-t-il martelé.

Les principaux extraits de son discours ci-dessous:

Notre monde est au plus mal. Les clivages s’accentuent. Les inégalités se creusent. Les difficultés s’étendent. Pourtant, aujourd’hui réunis alors que le monde est en proie au tumulte, une image de promesse et d’espoir me vient à l’esprit.

Voici le Brave Commander. Ce bateau a traversé la mer Noire battant fièrement le pavillon de l’ONU. (…)  Ce navire symbolise ce que le monde peut accomplir lorsque nous agissons ensemble. Il est chargé de céréales ukrainiennes destinées à la Corne de l’Afrique, où des millions de gens sont au bord de la famine. 5…)

L’Ukraine et la Fédération de Russie – avec l’appui de Türkiye – se sont entendues pour parvenir à ce résultat, en dépit des énormes complexités, des détracteurs et même de l’enfer de la guerre. D’aucuns pourraient parler de miracle sur mer.

En réalité, c’est la diplomatie multilatérale en action.

L’Initiative sur l’exportation de céréales par la mer Noire a permis de faire en sorte que des dizaines de navires remplis de denrées alimentaires indispensables puissent naviguer en toute sécurité. Mais chaque navire transporte également une des denrées les plus rares de nos jours : l’espoir.

Nous avons besoin d’espoir… mais pas seulement. Nous avons besoin d’action.

Pour atténuer la crise alimentaire mondiale, nous devons maintenant nous employer de toute urgence à résoudre la crise du marché mondial des engrais. Cette année, le monde a assez de nourriture ; ce qui pose problème, c’est son acheminement. Mais si le marché des engrais n’est pas stabilisé, c’est l’offre même de produits alimentaires qui pourrait poser problème l’année prochaine. L’on apprend déjà qu’en Afrique de l’Ouest et ailleurs, des paysans ont dû réduire leurs cultures à cause du prix des engrais et de la difficulté de s’en procurer. (…)

Autre sujet de préoccupation majeur : l’incidence des prix élevés du gaz sur la production d’engrais azotés. Il faut activement remédier à ce problème. Si nous n’agissons pas maintenant, la pénurie mondiale d’engrais se muera très vite en une pénurie alimentaire mondiale.

Les idéaux de la Charte des Nations Unies en péril

Nous devons agir sur tous les fronts. Ne nous faisons pas d’illusions. Nous naviguons sur une mer agitée. Un hiver de mécontentement mondial se profile à l’horizon. Une crise du coût de la vie fait rage La confiance s’effrite. Les inégalités explosent. La planète est en feu. Les gens souffrent – et les plus vulnérables sont les plus touchés. La Charte des Nations Unies et les idéaux qu’elle porte sont en péril. 

Nous avons le devoir d’agir. Et pourtant, nous sommes bloqués par un énorme dysfonctionnement mondial La communauté internationale n’est pas prête ni disposée à s’attaquer aux grands drames de notre époque.

Ces crises menacent l’avenir même de l’humanité et le sort de notre planète. Des crises comme la guerre en Ukraine et la multiplication des conflits dans le monde. Des crises comme l’urgence climatique et la perte de biodiversité. Des crises comme la situation financière catastrophique des pays en développement et la survie des Objectifs de développement durable. Ou encore le manque de garde-fous autour de nouvelles technologies prometteuses pour soigner les maladies, connecter les gens et étendre le champ des possibles.

Rien que depuis le début de mon mandat de Secrétaire général, un outil permettant de modifier les gènes a vu le jour. Les neurotechnologies, reliant les technologies au système nerveux humain, sont passées du stade d’idée à celui de faisabilité. Les cryptomonnaies et d’autres technologies blockchain se sont généralisées. Mais pour beaucoup de nouvelles technologies, les plus grandes précautions doivent être prises.

Monétisation de l’indignation, de la colère

Les réseaux sociaux dont le modèle économique repose sur la monétisation de l’indignation, de la colère et de la négativité ont des effets dévastateurs sur la collectivité et les sociétés. Les discours de haine, la mésinformation et les invectives – en particulier envers les femmes et les communautés vulnérables – prolifèrent.

Nos données sont achetées et vendues pour influencer notre comportement ; tandis que les logiciels espions et la surveillance sont hors de contrôle – le tout au mépris du respect de la vie privée. (…)

Clivages géopolitiques

Sur toutes ces questions et bien d’autres encore, les progrès sont assujettis aux tensions géopolitiques.

Notre monde est en péril – et paralysé.

Les clivages géopolitiques : Sapent le travail du Conseil de sécurité. Sapent le droit international. Sapent la confiance et l’espoir que placent les gens dans les institutions démocratiques. Sapent les possibilités de coopération internationale. Nous ne pouvons pas continuer ainsi.

Même les différents groupements constitués en dehors du système multilatéral par certains membres de la communauté internationale sont tombés dans le guêpier des clivages géopolitiques – le G20, par exemple. À un moment donné, les relations internationales semblaient se diriger vers un monde G2 ; et maintenant nous risquons de nous retrouver à G-zéro.

Zéro coopération. Zéro dialogue. Zéro règlement collectif des problèmes.

Mais le fait est que nous vivons dans un monde où la logique de coopération et de dialogue est la seule voie possible. Aucune puissance ou groupe ne peut mener la barque tout seul. Aucun grand problème mondial ne peut être résolu par une coalition de volontaires. Il nous faut une coalition mondiale.

Aujourd’hui, je voudrais présenter trois domaines dans lesquels cette coalition mondiale doit de toute urgence surmonter ses divisions et agir de concert.

Il s’agit, en premier lieu, de la mission fondamentale des Nations Unies : instaurer et maintenir la paix. Une grande partie de la planète continue d’avoir les yeux rivés sur l’invasion russe en Ukraine. La guerre a déclenché une destruction et des violations massives des droits humains et du droit humanitaire international. (…)

Les risques pour la paix et la sécurité mondiales sont immenses. Nous devons continuer à œuvrer pour la paix, dans le respect de la Charte des Nations Unies et du droit international. Dans le même temps, les conflits et les crises humanitaires se propagent, souvent loin des projecteurs. Le déficit de financement de notre Appel humanitaire mondial s’élève à 32 milliards de dollars – le plus important jamais enregistré. Hélas, on ne compte plus les crises. (…)

Notre programme commun

C’est pourquoi j’ai esquissé les éléments d’un Nouvel Agenda pour la paix dans mon rapport sur « Notre Programme commun ». Nous sommes résolus à tirer le meilleur de tous les outils diplomatiques de règlement pacifique des différends qui s’offrent à nous, comme le prévoit la Charte des Nations Unies : négociations, enquêtes, médiation, conciliation, arbitrage et règlement judiciaire. 

La participation et le leadership des femmes doivent être une préoccupation de premier plan. Et nous devons également faire de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix une priorité. Cela signifie renforcer la prospective stratégique, repérer en amont les zones où les tensions sont susceptibles de dégénérer en violence, et s’attaquer aux menaces émergentes que sont la cyberguerre et les armes létales autonomes.

Cela signifie donner une plus grande place aux groupes régionaux, renforcer le maintien de la paix, intensifier l’action en faveur du désarmement et de la non-prolifération, prévenir et combattre le terrorisme, et garantir l’application du principe de responsabilité. Et cela signifie prendre acte du rôle fondamental des droits humains en matière de prévention.

Mon Appel à l’action en faveur des droits humains souligne le rôle central des droits humains, du droit des réfugiés et du droit humanitaire. Dans tout ce que nous faisons, nous devons comprendre que l’apaisement des tensions, le règlement des conflits et l’instauration d’une paix durable passent nécessairement par les droits humains.

Notre guerre suicidaire contre la nature

Il y a une autre bataille à laquelle nous devons mettre fin : notre guerre suicidaire contre la nature. La crise climatique est l’enjeu déterminant de notre temps. Elle doit être la priorité absolue de chaque gouvernement et organisation multilatérale. Pourtant, l’action en faveur du climat est reléguée au second plan, bien que l’opinion publique y soit favorable dans son immense majorité à l’échelle de la planète.

Les émissions mondiales de gaz à effet de serre doivent être réduites de 45 % d’ici à 2030 pour que l’on puisse espérer atteindre le niveau zéro à l’horizon 2050. Pourtant, les émissions atteignent des niveaux record : elles sont en passe d’augmenter de 14 % au cours de cette décennie. Nous allons au-devant de la catastrophe climatique.

Je l’ai récemment vu de mes propres yeux au Pakistan, où un tiers du pays est submergé par une mousson monstrueuse. Nous le voyons partout. La planète Terre est la victime de tactiques de la terre brûlée. Cette année nous a apporté la pire canicule qu’ait connue l’Europe depuis le Moyen Âge. Des méga-sécheresses en Chine, aux États-Unis et ailleurs. Une famine qui hante la Corne de l’Afrique. Un million d’espèces menacées d’extinction. Aucune région n’est épargnée.

Et nous n’avons encore rien vu. Les étés les plus chauds d’aujourd’hui pourraient bien être les étés les plus frais de demain. Les chocs climatiques aujourd’hui exceptionnels pourraient bientôt devenir des phénomènes annuels. Et à chaque catastrophe climatique, nous savons que ce sont les femmes et les filles qui sont les plus touchées. La crise climatique est un cas d’école d’injustice morale et économique. Le G20 émet 80 % du total des émissions de gaz à effet de serre.

Mais ce sont les plus pauvres et les plus vulnérables – celles et ceux qui ont le moins contribué à cette crise – qui en paient le prix fort. Pendant ce temps, l’industrie des combustibles fossiles profite de centaines de milliards de dollars de subventions et de bénéfices exceptionnels, alors que le budget des ménages se réduit et que notre planète brûle.

Stop aux énergies fossiles

Parlons clairement : Notre monde est accro aux combustibles fossiles. Il est temps d’intervenir. Nous devons demander des comptes aux entreprises du secteur des combustibles fossiles et à ceux qui les soutiennent. Cela inclut les banques, les fonds de capital-investissement, les sociétés de gestion d’actifs et les autres institutions financières qui continuent à investir et à garantir la pollution par le carbone. Et cela inclut aussi la gigantesque machine de relations publiques qui empoche des milliards de dollars pour éviter à l’industrie des combustibles fossiles d’être surveillée de trop près. (…)

Bien sûr, nous ne pourrons pas arrêter les combustibles fossiles du jour au lendemain.

Une transition juste est une transition qui ne laisse aucun être humain ni aucun pays de côté. Mais il est grand temps de mettre en garde les producteurs de combustibles fossiles, les investisseurs de ce secteur et ceux qui les soutiennent. Les pollueurs doivent payer.

Aujourd’hui, j’appelle tous les pays développés à taxer les bénéfices exceptionnels des entreprises du secteur des combustibles fossiles. (…)

À l’approche de la COP27, la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra en Égypte, je lance un appel aux dirigeants du monde entier pour qu’ils concrétisent les objectifs de l’Accord de Paris. Fixez des objectifs climatiques plus ambitieux. Écoutez les appels au changement de vos populations. Investissez dans des solutions qui conduisent à une croissance économique durable. (…)

En parallèle, nous devons veiller à ce que des systèmes efficaces d’alerte rapide soient accessibles pour chaque personne, chaque communauté et chaque nation dans les cinq prochaines années. Nous devons également nous attaquer à la crise de la biodiversité, en assurant le succès de la Conférence des Nations Unies sur la biodiversité, qui aura lieu en décembre.

Protéger la biodiversité

Les pays doivent se mettre d’accord sur un cadre mondial pour la biodiversité pour l’après-2020, qui fixe des objectifs ambitieux propres à stopper et à inverser la perte de biodiversité, qui prévoie un financement adéquat et qui mette un terme aux subventions néfastes qui détruisent des écosystèmes dont nous dépendons toutes et tous. Par ailleurs, je vous invite instamment à redoubler d’efforts pour négocier un accord international juridiquement contraignant prévoyant la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine. Nous devons protéger l’océan aujourd’hui et pour l’avenir.

La crise climatique vient s’ajouter à d’autres tempêtes. Notre génération traverse une crise du coût de la vie sans précédent, que la guerre en Ukraine est venue amplifier. Quelque 94 pays, majoritairement africains – où vivent 1,6 milliard de personnes – affrontent de multiples tempêtes : conséquences économiques et sociales de la pandémie, flambée des prix des denrées alimentaires et de l’énergie, poids écrasant de la dette, montée en flèche de l’inflation et manque d’accès aux services financiers.

Des troubles sociaux inévitables

Ces crises en cascade s’alimentent mutuellement, aggravent les inégalités, créent des difficultés catastrophiques, retardent la transition énergétique et menacent de provoquer un effondrement financier mondial.

Les troubles sociaux sont inévitables – et le risque de conflits est bien réel. Mais cette situation n’est pas une fatalité. Un monde libéré de l’extrême pauvreté, de la misère et de la faim n’est pas un rêve inaccessible. C’est à notre portée. C’est le monde envisagé par le Programme 2030 et les Objectifs de développement durable.

Pourtant, ce monde n’est pas celui que nous avons choisi. À cause de nos décisions, partout dans le monde, le développement durable est menacé. Les Objectifs de développement durable sont en détresse.

Plan de relance des Objectifs de développement durable

Même la réalisation des objectifs les plus fondamentaux – sur la pauvreté, la faim et l’éducation – fait marche arrière. De plus en plus de personnes vivent dans la pauvreté. De plus en plus de personnes ont faim. De plus en plus de personnes sont privées de soins de santé et d’éducation. L’égalité des genres recule et les femmes voient leurs conditions de vie se détériorer : pauvreté, absence de choix en matière de santé sexuelle et reproductive, menaces à leur sécurité personnelle.

Les pays en développement subissent des assauts venant de toutes parts. Nous devons mener une action concertée. Aujourd’hui, j’appelle à l’adoption, sous la direction du G20, d’un Plan de relance des Objectifs de développement durable, qui donnera une impulsion forte au développement durable dans les pays en développement.

C’est au prochain Sommet du G20, qui se tiendra à Bali, qu’il faudra amorcer ce processus.

Un système financier qui sert les intérêts des riches

Soyons clairs : le Plan de relance des Objectifs de développement durable que je propose n’est qu’une mesure provisoire. Le système financier mondial actuel a été créé par les riches pour servir leurs intérêts. Ce système creuse et perpétue les inégalités. Il doit faire l’objet d’une profonde réforme structurelle.

Mon rapport sur « Notre Programme commun » propose une Nouvelle donne mondiale visant à rééquilibrer le pouvoir et les ressources entre pays développés et pays en développement. Les pays africains, en particulier, sont sous-représentés dans les institutions internationales. J’espère que les États Membres saisiront l’occasion de transformer ces idées en solutions concrètes, notamment au Sommet sur l’avenir qui se tiendra en 2024. (…)

Les divergences entre pays développés et pays en développement – entre le Nord et le Sud – entre les privilégiés et les autres – deviennent chaque jour plus dangereuses. (…)

Travaillons ensemble, comme une coalition mondiale, comme des Nations Unies.

Plus d’informations: 

  • Discours du Secrétaire général en intégralité
  • Discours du Président français Emmanuel Macron en intégralité
  • Agenda de la 77ème Assemblée générale des Nations Unies

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