Peu d’endroits au monde sont confrontés à une crise aussi grave et urgente que celle que traverse la République démocratique du Congo (RDC), estimait récemment, Volker Türk, Haut-Commissaire aux droits de l’homme de l’ONU.
Quelle est la nature de cette crise ?
Depuis un peu plus d’un an, la crise humanitaire engendrée par les conflits armés dans l’est du pays s’est aggravée, en particulier au Nord-Kivu.
Plus de 700 000 personnes ont été déplacées entre janvier et février 2025 lors des importantes offensives du groupe armé rebelle Mouvement du 23 Mars (M23) autour de Goma, Bukavu, Masisi, Sake et Minova, selon des experts des droits de l’homme de l’ONU et des agences humanitaires.
En décembre 2025, une nouvelle offensive du M23 au Sud-Kivu a fait fuir plus de 500 000 personnes en un peu plus d’une semaine, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA) et UN News.
Le pays compte désormais environ 6,47 millions de personnes déplacées sur une population totale de 113 millions d’habitants – ce qui place la RDC au 5ème rang des pays comptant le plus de personnes déplacées, après le Soudan, la Syrie, l’Afghanistan et l’Ukraine.
Quel est le contexte du conflit ?
La RDC est le deuxième plus grand pays d’Afrique après l’Algérie et le onzième au monde. Avec ses 2,34 millions de km², elle est aussi vaste que la France, l’Espagne, la Suède, l’Allemagne et la Finlande réunies.
Le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, régions du Nord-Est riches en minéraux et frontalières avec le Rwanda et l’Ouganda, sont ravagés par des combats depuis 30 ans. S’y activent quelque 122 groupes rebelles et, dans certains cas, des armées d’invasion.
Depuis 1996, les deux Guerres du Congo et l’état de conflit permanent dans les deux Kivu auraient fait plus de 6 millions de morts, selon des estimations souvent citées dans le cadre des rapports de l’ONU.
Ce conflit, l’un des plus meurtriers depuis la Seconde Guerre mondiale, découle de cycles de violence persistants dans l’Est du pays, où se trouvent les principales réserves mondiales de coltan. Ce minerai résistant aux températures extrêmes s’avère hautement stratégique : il est utilisé par les fabricants de téléphones portables et d’avions.
Les femmes et les filles dans l’est de la RDC sont les premières victimes de cette crise. Le viol est devenu une arme de guerre pour détruire les communautés, et le phénomène s’aggrave encore. Il a augmenté d’un tiers en 2025 par rapport à 2024, selon le Fonds des Nations Unies pour la population (UNFPA).
Quel est l’impact de cette situation ?
Le pays pourrait dénombrer 9 millions de personnes déplacées d’ici fin 2026, estime le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) si le conflit se poursuit au rythme actuel.
Un Congolais sur quatre – soit quelque 26,6 millions de personnes – ne peut satisfaire ses besoins alimentaires de base, selon le Programme alimentaire mondial (PAM). Environ 6,4 millions de personnes souffrent de malnutrition aiguë, un chiffre qui n’a pas diminué depuis vingt ans.
Chaque heure, quatre femmes meurent en couches ou de complications liées à la grossesse. Le pays affiche également l’un des taux de mortalité infantile les plus élevés au monde.
La RDC doit aussi faire face à des chocs climatiques et des épidémies. En 2024, les inondations les plus graves depuis 60 ans se sont produites, en raison de pluies torrentielles et de crues du fleuve Congo. La catastrophe a détruit ou endommagé 100 000 maisons, 1 325 écoles, 267 centres de santé et de vastes étendues de terres agricoles, et laissé environ deux millions de personnes, dont près de 60% d’enfants, dans le besoin d’assistance.
Le pays était alors aux prises avec l’une des pires épidémies de choléra de ces dernières années – une maladie grave, mais évitable. Chaque année, le choléra fait de nombreuses victimes en raison d’infrastructures insuffisantes, de difficultés d’accès aux soins et d’une faible couverture vaccinale.
La réponse de l’ONU
La présence des Nations Unies en RDC passe par une mission de maintien de la paix et 22 programmes, fonds et institutions spécialisées qui œuvrent de concert à la stabilisation et au développement du pays, tout en fournissant une aide humanitaire aux populations les plus démunies.
La mission de maintien de la paix des Nations Unies en RDC (MONUSCO) a été créée en 1999. Il s’agit de la plus importante mission de maintien de la paix de l’ONU, avec des effectifs de plus de 10 400 personnes, dont près de 9 000 militaires et policiers. La MONUSCO est en phase de retrait progressif depuis février 2024, mais son mandat a été renouvelé pour un an fin 2025 par le Conseil de sécurité, en raison des hostilités sur le terrain.
On estime à 1,4 milliard de dollars les besoins d’aide humanitaire en RDC en 2026.
Il s’agit du montant demandé par le gouvernement de la RDC et la communauté humanitaire des Nations Unies pour répondre aux besoins les plus urgents de 2026. Alors que 14,9 millions de personnes ont besoin d’aide en RDC, seulement la moitié (7,3 millions) parmi les plus vulnérables est ciblée, en raison des contraintes budgétaires de l’ONU. Cette réduction du nombre de cibles reflète uniquement un manque de fonds, et non une diminution des besoins.
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