Pluies diluviennes, sĂ©cheresses, cyclones, les catastrophes climatiques s’enchainent Ă Madagascar. Ce pays pauvre est traversĂ© par des crises en cascade. Â
Les Malgaches souffrent de la faim et sur 33 millions d’habitant, quelque 1,6 million sont confrontĂ©s Ă une insĂ©curitĂ© alimentaire aiguĂ«.Â
Pourquoi y a-t-il une crise Ă Madagascar ?Â
La crise actuelle de Madagascar n’est pas liĂ©e Ă un seul Ă©vĂ©nement, mais est le rĂ©sultat de plusieurs problĂ©matiques qui se superposent et se renforcent, souvent dĂ©crites par l’ONU comme une « convergence de chocs ».Â
Madagascar est l’un des pays les plus exposĂ©s aux extrĂŞmes climatiques, malgrĂ© une contribution quasi totale aux Ă©missions mondiales. Depuis 2020, le pays — en particulier les rĂ©gions sud et sud-est — est frappĂ© par des sĂ©cheresses prolongĂ©es et rĂ©currentes, aggravĂ©es par El Niño ; des cyclones et inondations consĂ©cutifs ; infestations de criquets et pertes de rĂ©coltes ; et une pĂ©nurie croissante d’eau et une dĂ©gradation des sols.Â
Ces chocs ont dĂ©vastĂ© l’agriculture de subsistance, dont dĂ©pend la plupart des Malgaches.Â
PauvretĂ© chronique et infrastructures faiblesÂ
MĂŞme avant les chocs climatiques, Madagascar Ă©tait dĂ©jĂ très vulnĂ©rable. Environ 75% de la population vit sous le seuil de pauvretĂ©. Les infrastructures (routes, Ă©lectricitĂ©, systèmes d’eau) sont extrĂŞmement limitĂ©es. L’agriculture dĂ©pend des prĂ©cipitations, avec peu de capacitĂ© d’irrigation ou de stockage.Â
De plus, les services de base (santĂ©, Ă©ducation) sont fragiles, surtout dans les zones rurales. Comme les mĂ©nages n’ont pas de marges financières, mĂŞme une rĂ©colte ratĂ©e peut dĂ©clencher une crise humanitaire. Les chocs rĂ©pĂ©tĂ©s laissent les communautĂ©s sans temps pour se remettre.Â
© PNUD Madagascar
Crises sanitaires liĂ©es au climat et Ă la pauvretĂ©Â
Les chocs climatiques ont Ă©galement dĂ©clenchĂ© des urgences sanitaires, notamment :Â
- Malnutrition : 5ème pays le plus affectĂ© au monde dont 46% des enfants de moins de 5 ans (environ 2 millions d’enfants) touchĂ©s par une forme de malnutrition surtout dans les zones rurales.
- Des Ă©pidĂ©mies de paludisme et de maladies diarrhĂ©iques, alimentĂ©es par des inondations, des eaux stagnantes et un manque d’eau potable.Â
-  Depuis dĂ©cembre 2025, Madagascar fait face Ă une Ă©pidĂ©mie de mpox Ă©voluant dans un contexte de crises multiples. Cette situation sanitaire s’est aggravĂ©e Ă la suite de deux cyclones successifs, Fytia et Gezani, survenus entre janvier et fĂ©vrier 2026. Â
- Des Ă©tablissements de santĂ© surchargĂ©s et endommagĂ©s.Â
La malnutrition et la maladie se renforcent mutuellement, crĂ©ant un cercle vicieux.Â
L’un des pays les moins avancĂ©s Â
Avec une population de quelque 33 millions d’habitants, Madagascar est la quatrième plus grande Ă®le au monde, couvrant une superficie de 593 000 km2, soit Ă peu près la taille de l’Espagne et du Portugal rĂ©unis. Â
L’Ă®le est devenue une rĂ©publique indĂ©pendante en 1958 après près de huit dĂ©cennies de domination française. Le PIB nominal en 2026 est estimĂ© Ă 21 milliards de dollars et il est classĂ© 132e sur la liste mondiale du PIB du Fonds monĂ©taire international (FMI). Madagascar est classĂ©e par l’ONU comme l’un des pays les moins avancĂ©s (PMD) au monde.Â
Bien que Madagascar ne soit pas en conflit armĂ©, l’instabilitĂ© politique a aggravĂ© les vulnĂ©rabilitĂ©s. Depuis le coup d’État d’octobre 2025 et le renversement du prĂ©sident Andry Rajoelina, un gouvernement de transition dirigĂ© par l’armĂ©e est en place, avec le colonel MichaĂ«l Randrianirina Ă la prĂ©sidence.Â
L’Ă©lection prĂ©sidentielle de 2023 avait Ă©tĂ© boycottĂ©e par la plupart des candidats de l’opposition et a connu une participation historiquement faible. Les manifestations pĂ©riodiques, les restrictions sur les manifestations et les accusations de corruption ont affaibli la confiance du public. Cette instabilitĂ© ne provoque pas la crise humanitaire, mais elle sape la reconstruction et la rĂ©silience.Â
Que font les Nations Unies Ă Madagascar ?Â
La crise de Madagascar est une urgence humanitaire engendrĂ©e par les changements climatiques, aggravĂ©e par l’extrĂŞme pauvretĂ© et la faiblesse des institutions — et non par la guerre.Â
L’ONU est lĂ pour :Â
- Assurer une assistance alimentaire et sanitaire;Â
- ProtĂ©ger les enfants et les familles dĂ©placĂ©es;Â
- Aider le pays Ă s’adapter au changement climatique et Ă construire sa rĂ©silience.Â
Le Programme alimentaire mondial (PAM) dirige la rĂ©ponse alimentaire d’urgence en distribuant nourriture et argent Ă des millions de personnes dans les rĂ©gions les plus touchĂ©es, en traitant la malnutrition et en soutenant les programmes de repas scolaires.Â
Rien qu’en 2025, le PAM a aidĂ© près de 1,9 million de personnes, malgrĂ© les pressions budgĂ©taires.Â
L’UNICEF se concentre sur le traitement des enfants souffrant de malnutrition aiguĂ« sĂ©vère, la mise en place de cliniques de santĂ© mobiles ; la fourniture d’eau potable, de services d’assainissement et d’hygiène ; l’installation de salles de classe temporaires et la fourniture de supports pĂ©dagogiques après les inondations. Plus de 580 000 enfants ont actuellement besoin d’aide humanitaire Ă Madagascar.Â
Le Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) coordonne toutes les agences de l’ONU, les ONG et les donateurs, mène des plans conjoints de rĂ©ponse humanitaire et des appels Ă financement.Â
Au-delĂ de l’aide d’urgence, l’ONU travaille Ă rĂ©duire les futures crises. Le PNUD, la FAO, l’OIM et d’autres Ĺ“uvrent sur l’agriculture rĂ©siliente au climat et les moyens de subsistance, la rĂ©duction des risques de catastrophe et les systèmes d’alerte prĂ©coce, soutenant la gouvernance, les Ă©lections et les institutions.Â
Ces efforts visent Ă briser le cycle oĂą chaque sĂ©cheresse ou cyclone devient une catastrophe.Â
Â
Les autres crises oubliĂ©es Â
