Bien que les combats à grande échelle aient diminué depuis la trêve négociée par l’ONU en 2022, ce pays du Moyen-Orient reste profondément divisé, économiquement dévasté et vulnérable à une reprise du conflit.
Le contexte est aggravé par la guerre actuelle au Moyen-Orient.
Que se passe-t-il au Yémen ?
Le Yémen traverse l’une des crises les plus longues de l’histoire récente, marquée par des années d’instabilité politique et de conflit armé qui continuent de peser lourdement sur la population et la région.
Depuis 2014, le pays est ravagé par la guerre qui oppose les rebelles houthistes, soutenus par l’Iran, au gouvernement reconnu par la communauté internationale et appuyé par une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite.
Les premiers ont pris la capitale, Sanaa, dès les débuts du conflit, avant d’étendre leur emprise sur le nord et l’ouest, jusqu’au port stratégique de Hodeïda, sur la mer Rouge. Le gouvernement, replié à Aden, conserve le contrôle de larges portions du sud et de l’est. Malgré des trêves ponctuelles, les combats n’ont jamais vraiment cessé, et les négociations menées sous l’égide de l’ONU piétinent, sans parvenir à un accord politique global.
D’autres territoires sont tenus par des groupes armés, notamment le Conseil de transition du Sud (CTS), soutenu par les Émirats arabes unis (EAU) dans le Sud.
Le CTS a tenté de prendre le contrôle de l’ensemble du Sud et de l’Est du Yémen fin 2025, avant d’être repoussé par une contre-offensive menée par les forces gouvernementales soutenues par l’Arabie saoudite. Dissous en janvier 2026, le CTS ne contrôle officiellement plus aucun territoire, bien que les tensions persistent dans le Sud, où le gouvernement peine encore à consolider son autorité.
Le conflit est à la fois interne et régional, sous l’influence de l’Arabie saoudite, des EAU et de l’Iran, tandis que, depuis 2023, les tensions plus larges au Moyen-Orient affectent la sécurité en mer Rouge.
L’impact de la crise
Après plus de 15 ans de guerre, les conséquences humanitaires s’avèrent catastrophiques :
- Plus de la moitié de la population (soit 22 millions de personnes) a besoin d’aide humanitaire.
- 18,3 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë.
- Plus de 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans souffrent de malnutrition aiguë.
- Seulement 59 % des établissements de santé sont pleinement opérationnels.
- En conséquence, plus de 19 millions de personnes n’ont pas accès aux soins de santé et des maladies évitables par la vaccination se propagent rapidement.
Les frappes aériennes répétées, les mines terrestres, l’effondrement économique et les chocs climatiques tels que les inondations et les sécheresses ont dévasté les moyens de subsistance et les infrastructures.
Malgré l’ampleur des besoins, l’ONU indique que le plan d’intervention humanitaire pour le Yémen en 2025 n’a été financé qu’à hauteur de 25%, contraignant les organisations humanitaires à réduire l’aide alimentaire, les services de santé et les programmes de protection.
La réponse de l’ONU
L’ONU joue trois rôles principaux au Yémen : la médiation pour la paix, l’aide humanitaire et la défense des droits de l’homme.
Médiation pour la paix : l’Envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU pour le Yémen, le diplomate suédois Hans Grundberg, dirige les efforts diplomatiques entre les parties yéménites et les acteurs régionaux. L’ONU cherche à obtenir un cessez-le-feu à l’échelle nationale ainsi qu’un processus politique inclusif. Le 14 mai dernier, Hans Grundberg a obtenu une avancée majeure, avec la libération de 1 600 personnes détenues arbitrairement, après trois mois de négociations à Amman (Jordanie). Un nombre sans précédent dans le conflit actuel au Yémen.
Une trêve négociée par l’ONU en avril 2022 a considérablement réduit les combats à grande échelle, et les lignes de front sont restées globalement stables depuis lors. Toutefois, aucun accord de paix global n’a encore été conclu, et la guerre économique se poursuit.
L’ONU a souligné à plusieurs reprises que la situation actuelle correspond à un « calme relatif, et non à la paix ». Depuis fin 2023, les Houthis ont lancé des attaques contre le trafic maritime international en mer Rouge, affirmant qu’elles étaient liées à la guerre à Gaza. Ces attaques ont entraîné des frappes aériennes américaines et alliées au Yémen, ravivant les craintes d’une reprise du conflit à grande échelle.
Réponse humanitaire : par l’intermédiaire d’agences telles que l’OCHA, le PAM, l’UNICEF, l’OMS, le HCR et l’OIM, l’ONU fournit une aide alimentaire à des millions de personnes (3,4 millions en 2025), traite la malnutrition infantile sévère, soutient les réseaux d’approvisionnement en eau ainsi que la lutte contre les maladies, et vient en aide à plus de 4 millions de déplacés à l’intérieur du pays.
L’ONU coordonne également les ONG et gère des fonds communs tels que le Fonds humanitaire pour le Yémen afin d’atteindre les plus vulnérables.
Droits humains : l’ONU recense également les violations du droit international humanitaire et des droits humains, notamment les frappes aériennes touchant des civils, les détentions arbitraires (qui touchent aussi 73 membres du personnel de l’ONU), les disparitions forcées et le recrutement d’enfants soldats.
La crise au Yémen n’est pas seulement une guerre, mais un effondrement prolongé de la gouvernance, de l’économie et des services de base. L’ONU y joue un rôle indispensable en maintenant des millions de personnes en vie, en contribuant à prévenir une guerre plus vaste et en offrant une voie diplomatique. Toutefois, elle ne peut imposer la paix sans la volonté politique des parties yéménites et un soutien international durable.
Liens utiles
- Le Yémen « ne tient plus qu’à un fil », avertit l’ONU au Conseil de sécurité
- Yémen : l’envoyé de l’ONU appelle à une nouvelle dynamique politique face à la montée des tensions
- Yémen : les enfants meurent et la situation va empirer
- Au Yémen, Guterres redoute un nouvel embrasement régional
- Yémen : pays dévasté en manque d’aide internationale
- Crise humanitaire au Yémen : une collecte de fonds « décevante »
- Fiche d’information de l’UNRIC: Yémen
Les autres crises oubliées
- Afghanistan
- Haïti
- Madagascar
- Myanmar
- République démocratique du Congo
- Sahara occidental
- Sahel central
- Venezuela
